Trois nouvelles de Luigi Pirandello

Publié le par SENDER



Les nouvelles de Luigi Pirandello (1867-1936) restent pour moi une montagne magique que je ne me lasse pas d’explorer. On connaît son projet avoué d’écrire trois cent soixante-cinq nouvelles mais, finalement ses Nouvelles pour une année, regroupées en 2000 dans le volume des Nouvelles complètes de la collection « Quarto »-Gallimard, sont au nombre de deux cent trente-sept, ce qui n’est pas mal !

Je ne dirai pas que cette montagne, ce continent noir, comme pour Tchékhov, sont cachés par son théâtre, mais il y a un peu de cela, du moins en France, où l’on met parfois longtemps pour bien connaître certains auteurs étrangers. Et puis il y a eu le prix Nobel de 1934 et l’attitude de Pirandello vis-à-vis du fascisme italien qui n’ont pas arrangé les choses...

Bref, la masse (il y a également une très intéressante édition de Nouvelles traduites par Jean-Michel Gardair dans « La Pochothèque » du Livre de Poche) fait peur, mais il est toujours possible, pour les découvrir, d’en lire certaines dans des volumes plus limités comme, par exemple, les Trois Nouvelles/Tre Novelle [1] parues récemment dans la collection bilingue « Langues pour tous » des éditions Pocket.

Aurore Menella a choisi et traduit trois nouvelles écrites dans les premières années du xxe siècle et qui tournent autour de la frustration du mariage, un des grands thèmes des nouvelles de Pirandello, pour beaucoup lié à sa vie personnelle (son mariage avec une femme que finalement on interna fut une catastrophe).

Ainsi de La Première Sortie du veuf (L’uscita del vedovo, 1906), une nouvelle incroyablement vériste où une femme harcèle littéralement son mari de ses sarcasmes (« Combien de fois madame Piovanelli, en discutant après le dîner avec son mari, avait-elle souhaité si, par malheur, l’un des deux devait mourir avant l’heure - que ce soit lui qui meure ! Lui, lui, oui ; plutôt qu’elle. Pour le bien des enfants ; pas pour elle, bien entendu ») et de sa jalousie maladive, au point que, devenu veuf, il n’ose plus sortir de chez lui sauf, en désespoir de cause, pour retourner voir une prostituée qu’il connaissait d’avant son mariage !

Dans Première Nuit (Prima notte, 1900), deux « jeunes » mariés pleurent respectivement, l’une son père disparu, l’autre sa précédente femme morte un an auparavant ; « Seule donna Nela, la sœur de Chirico, plus rouge que jamais, n’était pas bouleversée : elle disait avoir assisté à des douzaines de mariages et qu’à la fin, il y avait toujours des larmes comme il y avait toujours des dragées. »

Enfin, dans Avec d’autres yeux (Con altri occhi, 1901), une jeune femme, qui s’est mariée sans le consentement de ses parents, découvre l’ampleur de sa solitude et le poids du passé symbolisé par la photo de l’ancienne épouse de son mari : « Et il lui sembla alors que ces yeux empreints de bonté, intenses de passion, la plaignaient à leur tour, compatissaient à cet abandon, au sacrifice non récompensé, à l’amour qui restait enfermé en elle comme un trésor dans un coffret dont il avait les clés mais qu’il n’utilisait jamais, en véritable avare. »

Oui, vraiment, Luigi Pirandelle est un maître dans l’art de la nouvelle !

Michel Sender.

[1] Trois Nouvelles/Tre Novelle de Luigi Pirandello, traduction et notes par Aurora Mennella-Grammont, collection « Langues pour tous », éditions Pocket, Paris, mai 2009 ; 128 p., 5,90 euros.


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dasola 17/06/2009 08:04

Bonjour, d'abord merci pour les 3 commentaires que vous m'avez "postés" cette nuit. J'en ai profité pour vous mettre en lien. Concernant, Pirandello, ce billet me donne envie de lire les trois nouvelles citées. J'aime beaucoup le dramaturge (La Volupté de l'honneur, Ce soir, on improvise, etc.). Si en plus, l'édition dont vous parlez est bilingue, cela me fera réviser mon italien. Je l'ai appris toute seule avec Assimil. Bonne journée.

Michel Sender 18/06/2009 03:14



Chère DASOLA, merci de votre message. Mes lecteurs peuvent vous lire grâce au lien installé. C'est un réconfort pour tous les blogueurs chassés d'Orange qui doivent se réadapter et voir tous les
exemples possibles. Bien amicalement, Michel Sender.