Hollywood vu par Blaise Cendrars

Publié le par Michel Sender

 

 

Pour Gaby Cinéma


Blaise Cendrars (1887-1961) était un sacré loustic ! Vous trouvez chez un libraire Hollywood – La Mecque du Cinéma [*] et vous croyez lire un ouvrage documentaire sur l’histoire du cinéma et, en fait, il vous balade en bateau (le Wisconsin), en train (à disserter sur la nouvelle société avec un conférencier) ou en voiture (les policiers vous arrêtent si vous êtes à pied : c’est louche) à travers l’Amérique.

« Un reporter n’est pas un simple chasseur d’images, il doit savoir capter les vues de l’esprit » : envoyé spécial du Paris-Soir de Pierre Lazareff, Blaise Cendrars ne veut pas « s’encombrer l’esprit » (« Je ne prends jamais de notes en voyage. Je ne veux pas m’encombrer l’esprit d’une multitude de détails contradictoires. Je ne veux pouvoir rapporter que l’essentiel des choses vues ») ; il impose sa marque et son rythme !

Et puis, d’abord, est-ce que ce holly wood porte vraiment bonheur ? À en juger par les statistiques de suicides qu’il recueille à la mairie de Los Angeles, ce n’est pas si sûr !

Hollywood, c’est la croix et la bannière ; c’est la Muraille de Chine entourant la Cité interdite !

Pour entrer dans un studio, il faut se heurter à des cerbères obtus, des guichetiers débiles qui vous interdisent l’accès ou vous envoient dans un placard : une vraie bureaucratie soviétique !

La Mecque du Cinéma est une usine à rêves cadenassée comme un coffre-fort, une maison bien ordonnée mais sans joie, hiérarchisée en « départements » sélectifs et cloisonnés qui déterminent et organisent la production sans aucun état d’âme ! (Au moment du passage de Cendrars, le grand Ernst Lubitsch vient de se faire renvoyer du jour au lendemain de la direction de la production de la Paramount, mais discourt volontiers malgré tout sur la crise des stars : « Mais le sex appeal, cher monsieur, est une invention américaine et les Anglais peuvent se brosser ! Nous inventerons autre chose s’il n’y a plus de stars...» lui dit-il.)

Blaise Cendrars adore les icônes ; il brode la métaphore mystique – à plaisir, pour la démythifier.

Michel Sender.

[*] Hollywood – La Mecque du Cinéma de Blaise Cendrars, avec 29 dessins pris sur le vif par Jean Guérin (première publication : Bernard Grasset, 1936), collection « Les Cahiers Rouges », éditions Grasset, Paris, mai 2005 ; 168 pages, 7,40 €.

 

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