Maram al-Masri, poétesse syrienne

Publié le par Michel Sender

 

Je suis venue à toi sans me parfumer

sans me parer de bijoux

je suis venue à toi

telle que je suis réellement

tableau sans cadre

sans fausseté

je suis venue à toi

en habitante de la Terre

*

J’ai beaucoup de temps

pour la tristesse

beaucoup de temps

pour les souvenirs

Mais je suis venue à toi

comme le fleuve va à la mer

laissant derrière lui son enfance

et perdant la douceur de ses eaux

car je n’ai pas d’autre cours

que celui de ton lit

ni d’autre estuaire

que ta plage

Les éditions Seghers, dans leur collection « Autour du monde », publient pour la première fois en France et en édition bilingue Habitante de la Terre, premier recueil paru en 1984 à Damas de la poétesse Maram al-Masri, née en 1962 à Lattaquié en Syrie.

Elles ont repris le titre d’un recueil collectif, Je te menace d’une colombe blanche [1] pour y ajouter Surtout quand le soir tombe, une suite de poèmes inédits. Maram al-Masri vit en France mais jusqu’à présent son œuvre poétique n’a été diffusée que par de petits éditeurs, les éditions Phi du Luxembourg ou les Écrits des Forges au Canada... (Le Temps des Cerises a publié récemment Les Âmes aux pieds nus.)

Habitante de la Terre, dont j’ai choisi deux poèmes ci-dessus, ressort manifestement de la poésie amoureuse la plus franche et la plus totale, d’une grande fraîcheur, toute de simplicité – et qui parle d’elle-même. C’est le regain d’une tradition ancestrale où les femmes écrivent leur amour mais cela fait aussi sensation dans les pays arabes d’aujourd’hui...

Qu’il était beau !

On eût dit un acteur

moi je l’aimais et je rêvais de lui

lui ne m’aimait pas et ne rêvait pas de moi

c’est pourquoi

mon cœur est toujours triste

surtout

à la tombée du jour

quand le soleil éclaire les arbres

devant

les portes du vieux temple

Surtout quand la nuit tombe a été composé à la même période (Je réponds /dix-sept années d’enfance /avant de te connaître) et poursuit cette voix féminine et chaleureuse, moderne et antique, à découvrir...

Michel Sender.

[1] Je te menace d’une colombe blanche de Maram al-Masri, édition bilingue, traduit de l’arabe (Syrie) par François-Michel Durazzo en collaboration avec l’auteur, postface de Lambert Schlechter, collection « Autour du Monde », éditions Seghers, Paris, septembre 2008 ; 128 pages, 12 €. www.editions-seghers.tm.fr

 

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