L'eau, c'est bon pour les riches !

Publié le par Michel Sender




C’est un petit livre (format 9 x 14 cm), pas cher et très élégant (comme toujours chez Allia) et ça s’intitule La Montée des eaux [*], titre français aux occurrences bibliques qui ne rend pas le sens du titre anglais original, The Rise of Big Water, mais ce n’est pas grave et je vais vous expliquer.

Il s’agit d’un long article, comme seuls les Américains savent en faire, de Charles C. Mann, paru dans Vanity Fair en mai 2007.

L’auteur a commencé par enquêter en Chine, où la pollution de l’eau est terrible et, petit à petit, il a découvert que, incapables de pouvoir répondre au problème, les provinces chinoises confient la gestion de l’eau à des entreprises privées multinationales, dont notamment Veolia, ex-Vivendi, ex-Compagnie générale des Eaux – mais il y a aussi Suez, ex-Lyonnaise des Eaux, ou Thames Water, la londonienne, etc. : Charles C. Mann, sur le modèle du Big Brother de George Orwell, les a baptisées Big Water !

Et il est vrai que le système est génial et tout bénef !

« Big Water utilise un argument tout droit sorti d’un cours d’économie de première année, nous dit Charles C. Mann. La meilleure façon de distribuer efficacement de l’eau à la population, expliquent les magnats de l’eau, est d’en confier la responsabilité au secteur privé. Si l’eau se fait rare, augmentez-en le prix – laissez faire la loi de l’offre et la demande ! Si les gens veulent que leur eau soit non seulement abondante, mais également propre, augmentez-le encore. Le marché trouvera le point d’équilibre entre ce que veulent les consommateurs et ce qu’ils peuvent payer. »

En plus (nous en savons quelque chose en France), une fois que le service de l’eau a basculé dans le privé, il est extrêmement difficile de revenir au système public car il faut se sortir des contrats signés puis recréer les emplois publics et les infrastructures supprimées auparavant, et se taper en prime le mécontentement des citoyens !

Ainsi, fortes de leur « savoir-faire », les entreprises privées, d’ailleurs très soutenues par leurs gouvernements respectifs, s’implantent dans le monde entier et vendent leur concept aux autorités locales sans se préoccuper plus que ça des clients de base, vous et moi ! De toute façon, on aura toujours besoin d’eau et on ne va pas la laisser se gaspiller gratuitement !

Si tu peux payer, tu consommes ! Si t’as pas les moyens, tu é-co-no-mi-ses ! L’eau est un bien rare et cher qu’il faut économiser : c’est écolo et c’est bien vrai ! De toute façon, Big Water a réponse à tout, il a monté les prix et engrangé des marchés pour des décennies, manière de bien amortir ses investissements et de se faire des c....... en or !

« C’est bon pour les riches », constate brutalement Mme Wu...

À la lecture de ce reportage si simple et si éclairant, il m’est venu à l’esprit qu’on allait nous faire le même coup avec la « Taxe Carbone » : nous faire payer et confier le tout-écologique à des boîtes privées – les mêmes ? (Ce n’est pas pour rien que Suez s’implante aussi dans l’énergie !)

Mais j’ai, sans doute, mauvais esprit...

Michel Sender.

[1] La Montée des eaux (The Rise of Big Water, Fanity Fair, mai 2007) de Charles C. Mann, traduit de l’anglais par Martin Pigeon, éditions Allia, Paris, avril 2009 ; 64 pages, 3 €. www.alliaeditions.com

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tipanda 13/07/2009 09:45

Dans le même ordre d'idée, je me rappelle un livre dont je n'ose pas recommander l'achat car il est très cher, c'est "Keriya ou les mémoires d'un fleuve", le compte-rendu des fouilles réalisées au Taklamakan pour remettre à jour les anciennes oasis ensablées. Cette étude menée dans un esprit très scientifique montre comment l'eau du fleuve s'ensable un peu à la fois, les arbres allongent démesurément leurs racines jusqu'au fin fond se la nappe phréatique et, au bout du bout, toute l'eau disparait, même la plus inaccessible, et le sable recouvre tout. C'était une civilisation riche et créative ;tout ce qu'il en reste est un peuple martyr qui sait encore, confusément, à quel point son passé a été brillant mais qui se bat au quotidien pour exister face aux dents longues des Chinois. Je veux parler des Ouïgours, peuple symbolique de ce qu'ii risque d'arriver à tous les futurs réfugiés climatiques.

Michel Sender 13/07/2009 06:34

Merci de vos commentaires. Comme toujours, j'ai essayé de donner envie de lire le petit ouvrage des éditions Allia et c'est évidemment un sujet qui reste à creuser... De plus, j'aime bien quand la "littérature" parle aussi de sujets brûlants et de réflexion politique. Bien amicalement, Michel Sender.

tipanda 12/07/2009 10:37

En effet, le prix de l'eau est insupportable aux plus pauvres, tu l'as bien raconté. Mais, privatisations ou pas, la puissance publique sera obligée de s'en occuper à cause des grandes conséquences qui ne peuvent pas être confiées uniquement à des fournisseurs privés. Pensons à la montée des mers et ses réfugiés climatiques. Et le manque absolu d'eau, la mort par la soif, est l'étape ultime d'un enchainement qui passe par la contamination des rares points d'eau. L'assainissement qui fait partie de la gestion de l'eau est un point crucial. Lorsqu'il est déficient, c'est la multiplication des infections et la contamination de proche en proche de toutes les populations, même les riches. Il est facile d'observer qu'en cas de crise sanitaire majeure, on recourt automatiquement aux états.
L'eau domestique n'est qu'une petite partie du problème de l'eau qui sera probablement le point de fixation des guerres futures à cause de la compétition autour de l'irrigation ; et ça, pour le coup, c'est carrément l'affaire des états.

LILIRADAR21 12/07/2009 09:46

très intéressant cet article et bravo de t'être lancé dans cette démonstration qui nous éclaire sur les manipulations qui nous entourent. Oui, il y a de quoi s'inquiéter : des énergies qui se raréfient et des "requins" qui en profitent. Le profit, tjs le profit... Allez, il restera la littérature... si on a soif ! :-D