Louis Delorme, histoire d'un soldat

Publié le par Michel Sender

 

 

Voici l’exemple d’un livre de piété familiale et de la volonté de laisser la trace d’un père, d’un grand-père – à propos d’une partie de l’Histoire qui marque toujours la mémoire collective.

C’est en effet toute une famille qui est à l’origine de la publication des Carnets de guerre et de captivité (1939-1945) [*] de Louis Delorme, disparu en janvier 2008 et qui avait tenu des cahiers et des notes pendant la Seconde Guerre mondiale, documents restés jusqu’à aujourd’hui inédits.

Le souvenir des anciens est d’ailleurs encore extrêmement présent. « Car cette journée est toute semblable à un certain jour dont les vieux ne parlent que d’une voix sombre. Ce jour-là date de vingt-cinq ans déjà, où les petites affiches blanches et le tocsin vidèrent nos campagnes... » écrit Louis Delorme (il s’englobe lui-même dans la communauté des « petits paysans du Lyonnais ») au moment où il vient d’apprendre, en pleine récolte des fruits, qu’il est « rappelé » sous les drapeaux, fin août 1939. « Pour notre jeune génération d’après-guerre, ajoute-t-il, toutes ces images sont imprimées dans nos cerveaux. Et à la veille d’une nouvelle hécatombe, où le devoir militaire va nous conduire, nous partirons sans illusion sur les réalités de la guerre, comme sans hésitation sur ce devoir lui-même. »

Vingt-cinq après août 1914, ce n’est déjà plus « la guerre en chantant » et « la fleur au fusil » ! L’expérience des anciens est effectivement passée par là, mais Louis Delorme, en partant « sans illusion », ne savait pas pour autant qu’il allait connaître une année de ce que l’on a appelé « la drôle de guerre » puis cinq années de captivité à faire des travaux de terrassement autour de différents camps de prisonniers en Allemagne ou en Autriche...

Dès l’arrivée en Bourgogne, dans un régiment d’artillerie et sa « fastidieuse discipline de caserne », puis par l’Alsace et la Lorraine, ensuite l’Aisne et le Nord, jusqu’en Belgique près de Gembloux, il constate (même s’il est brigadier-chef) la bataille des officiers de carrière contre les simples soldats d’active ou les réservistes, l’impréparation totale du conflit, l’incurie des commandements qui font que, en mai 1940, ils vont se retrouver sur les routes mêlés aux réfugiés, impuissants à les défendre ou à empêcher la défaite, et contraints de se rendre.

« La guerre est finie pour nous. Oui. Mais la captivité commence » avec, pour débuter, la terrible épreuve de plusieurs jours de marche « presque sans nourriture » et en vaincus, jusqu’à Aix-la-Chapelle, puis le train pour le stalag et le camp de Kaisersteinbruch.

En partant, Louis Delorme avait laissé sa femme et un petit garçon d’un an, une fille est née pendant son incorporation, et il se retrouve à des centaines de kilomètres de chez lui, dans un camp de travail, la faim au ventre, dans l’attente des lettres et des colis... hélas « banale » réalité (« celle de l’homme qu’on attache pour le faire travailler », dit-il) vécue par des milliers de soldats français entre 1940 et 1945 !

À son retour, et au nom des anciens prisonniers, il remercie tous ceux et surtout toutes celles qui, au pays, ont soutenu le moral des prisonniers, puis des « rapatriés », en organisant l’entraide, en confectionnant des colis, etc. – et il se tourne vers ses compatriotes, dans l’espoir que la fraternité déployée dans l’épreuve se maintienne, se poursuive et se développe dans l’avenir...

Le témoignage de Louis Delorme (« Notre jeunesse a été jetée dans une lutte inégale », résume-t-il finalement), dorénavant, peut être lu et conservé ; il recoupe également, comme le relève Yves Delorme dans un court avant-propos, la « profonde analyse, écrite entre juin et septembre 1940 » de l’historien Marc Bloch dans L’Étrange Défaite (collection « Folio/Histoire » chez Gallimard).

Ces « Carnets de guerre et de captivité ne font pas le récit d’une épopée héroïque, remarque encore avec justesse Yves Delorme. C’est l’histoire d’un individu entraîné malgré lui dans une tragédie mondiale, dont il prend sa part avec courage et loyauté, mais non sans dépit ni amertume. »

Soixante-dix ans après des événements dont les commémorations ne vont pas tarder à fleurir, il est toujours bon de s’en souvenir et de le savoir !

Michel Sender.

[*] Carnets de guerre et de captivité (1939-1945) de Louis Delorme, éditions La Terre n’est pas si ronde, 69850 Saint-Martin-en-Haut, juin 2009 ; 160 pages, 16 € (Imprimerie des Monts du Lyonnais). Contact : laterrenestpassironde@orange.fr

 

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GAZEAU Delphine 14/07/2009 10:58

coucou Michel! en cette journée du 14 Juillet j'en profite pour passer chez tout mes fav. je te souhaite une douce et agréable journée en te déposant d'énormes bisous...bisous bisous

tipanda 13/07/2009 23:41

Sur le même sujet, ne pas oublier de lire, ou relire, "l'étrange défaite" de Marc Bloch.
Amitié et souvenir.

vefree 13/07/2009 13:41

Je suis une des petites filles de Louis Delorme qui a participé activement à la réalisation de ce livre dont vous vous faites l'écho dans cet article.
Je vous remercie pour votre rendu honnête et juste et j'apprécie votre participation par le biais du net.
Merci