Nauru, l'histoire d'une île

Publié le par Michel Sender





C’est l’histoire d’une île, une île au trésor en plein xxie siècle, avec grandeur et décadence – en quelque sorte un conte moderne.

Dans Nauru, l’île dévastée (Comment la civilisation capitaliste a anéanti le pays le plus riche du monde) [*], Luc Folliet nous raconte l’histoire d’une petite île du Pacifique (21 km2), entre l’Australie et la Papouasie/Nouvelle-Guinée, Nauru (prononcer « Naourou »), dont le trésor est le phosphate que renferme son sol et qui a bien manqué disparaître à plusieurs reprises.

Cette île fut « découverte », semble-t-il, par des navigateurs du xixe siècle (y habitaient des tribus venues « par pirogues d’Asie, de Malaisie ou des Philippines ») puis par « des évadés de Norfolk Island, une île située à l’est de l’Australie, la plus célèbre de ses prisons ».

Bon an, mal an, la population s’accroît et commence à connaître les ravages (notamment l’alcool) de la civilisation, et c’est vers la fin du xixe siècle et au début du xxe que, grâce à la trouvaille d’un de ses employés, la Pacific Island Company australienne et la Jaluit-Gesellschaft allemande qui exploite le copra nauruan, créent la Pacific Phosphate Company pour faire prospérer des mines de phosphate sur l’île en y faisant travailler des immigrés chinois...

À l’époque, ce sont en effet les Allemands qui occupent et protègent Nauru. Après la Première Guerre mondiale, l’Australie, l’Angleterre et la Nouvelle-Zélande, suite au Nauru Island Agreement de 1919, administrent l’île et, avec la British Phosphate Commission, extraient chaque année des centaines de milliers de tonnes de phosphate.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, Nauru (en plein milieu des conflits du Pacifique) est envahie par les Japonais qui en font une base de défense militaire et ses habitants sont déportés dans les îles Truk de Micronésie.

Après cette nouvelle épreuve, Nauru profitera de la création de l’ONU et, sous administration australienne, revendiquera petit à petit un intéressement de sa population sur les bénéfices de l’exploitation minière du phosphate puis, sous l’influence d’une nouvelle génération de Nauruans passés par les universités anglo-saxonnes, obtiendra purement et simplement son indépendance en 1968.

Et c’est à partir de là que débute la grandeur puis la décadence du petit État de Nauru, membre des Nations unies et gérant lui-même, au profit de sa population d’origine et de ses dirigeants, les mines de phosphate. Les Nauruans ne travaillent plus (ils vivent de leurs rentes sur un train de milliardaires, comme dans un émirat du Golfe !) et le Nauru Phosphate Royalties Trust multiplie les investissements, les placements, les constructions à l’étranger, etc.

Mais, mal conseillés et gangrenés eux-mêmes par la corruption, les responsables politiques de l’île, aux gouvernements instables et continuellement en fait sous dépendance extérieure sans développement autonome en dehors du phosphate, une ressource limitée dans le temps, constatent la faillite et l’effondrement du système : ils recourent alors à des expédients (Nauru plateforme de blanchiment d’argent et « paradis fiscal » ; Nauru, lieu de rétention des immigrants étrangers dont l’Australie ne veut pas ; faillites et banqueroutes...) qui la déconsidère au niveau international.

Aujourd’hui, l’île est ruinée (les carcasses de véhicules, faute de carburant et de pièces de rechange, encombrent le paysage ; les habitations luxueuses, l’hôpital, le port, l’aéroport, sont à l’abandon...) et une nouvelle génération d’autochtones tente de repartir à zéro – en réexploitant ce qu’il reste (la seconde couche) du phosphate !

Une histoire incroyable, je vous dis. Un conte moral ?

Michel Sender.

[*] Nauru, l’île dévastée (Comment la civilisation capitaliste a anéanti le pays le plus riche du monde) de Luc Folliet, collection « Cahiers libres », éditions La Découverte, Paris, juin 2009 ; 154 pages, 12 €. www.editionsladecouverte.fr

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primavera 17/07/2009 15:45

Bonjour, Quand je passe sur ton blog, je réalise que je lis de moins en moins...et j'ai tort ! Ma fille est arrivée en vacances avec plusieurs livres à lire ...rentrée littéraire oblige ! Très bonne fin de journée à toi. Prima

Michel Sender 18/07/2009 07:05



Chère Primavera, merci. La lecture ne se commande pas, surtout pas, jamais ! D'Agatha Christie à Marcel Proust, en passant par les journaux... Tantôt, nous avons besoin de "nouveau", tantôt nous
relisons d'anciens livres... Et, toujours, évidemment, la Poésie ! Bien amicalement, Michel Sender.



tipanda 17/07/2009 09:39

Il s'agit d'une île donc un monde clos facile à monter en épingle mais ce qu'il lui arrive est la situation de tous les pays dont la prospérité repose sur l'économie de rente, vente à l'extérieur de matières premières.
Si les anciennes républiques soviétiques d'Asie centrale ne présentent pas un aspect général de ruines c'est uniquement grâce aux besoins de l'industrie métallurgique chinoise. A quelque chose malheur est bon, les Chinois ont procédé à l'élimination-recyclage de toute la ferraille abandonnée après la ruine des anciennes usines d'Asie centrale.

Michel Sender 18/07/2009 07:15



Oui. En tout cas, j'ai découvert ce petit livre de Luc Folliet avec plaisir car, à partir d'un microcosme (une île), il nous montre l'actualité du monde toujours en évolution ou en régression...
"Un pas en avant, deux pas en arrière" ? Bien amicalement, Michel Sender.