Quelque chose de Teleny...

Publié le par Michel Sender

 

 

Pendant cet été j’ai plusieurs livres sur le feu, certains lus en entier mais dont je veux parfaire ma connaissance (il y a ainsi des livres qui ne passent pas l’épreuve du blog et qui restent secrets), d’autres en cours de lecture, que j’abandonne puis que je reprends... C’est ainsi.


Il faut dire qu’il y a à peu près un an que, sur Orange (je n’ai pas encore essayé de récupérer son contenu), j’ai commencé Le Messager des livres, devenu aujourd’hui La Messagerie littéraire : inévitablement, il y a des périodes rétrospectives et... introspectives !


Il y a quelques jours, une personne signant « Madeleine » a envoyé sur ce blog un commentaire à propos de l’Oscar Wilde de Daniel Salvatore Schiffer (mon article intitulé « La double vie d’Oscar Wilde ») en démontant complètement l’intérêt : « mauvaise caricature », « aucun élément nouveau », « racontars les plus suspects », « aucune idée ou analyse », « récit voyeuriste », « style épouvantable »... Comment ai-je pu recommander ce livre ?


Le pire est que je comprends parfaitement le point de vue exprimé, qu’il recoupe certaines de mes interrogations sur le genre biographique ou sur la collection « Folio-Biographies », mais que j’en ai mentionné plusieurs titres depuis un an car ces monographies (qui prennent un peu la suite dans mon esprit des « Écrivains de toujours » des éditions du Seuil) permettent de faire le point sur une personnalité ou un écrivain.


J’ai parlé du Verlaine de Jean-Baptiste Baronian (son Baudelaire, plus ancien, est « sur ma table de nuit », comme on dit), du Lou Andreas-Salomé de Dorian Astor, du Stendhal de Sandrine Fillipetti, du Boris Vian de Claire Julliard (je connais aussi le Kafka de Gérard-Georges Lemaire)...


L’Oscar Wilde de Daniel Salvatore Schiffer (qui insiste effectivement beaucoup sur son dandysme décadentiste et défend certaines interprétations personnelles) mérite cependant l’intérêt, car il veut sincèrement défendre sa mémoire et donner envie de lire ses œuvres – et c’est cela qui me semble important.


De même, ces ouvrages sont des compilations (au sens où ils reprennent la bibliographie existante et n’apportent pas de documents inédits) mais, j’ai relevé, par exemple, le grand intérêt du Verlaine de Jean-Baptiste Baronian dans la mesure où il utilise fort bien les dernières publications (que tout le monde ne peut pas forcément acquérir) de sa Correspondance qui, plus d’un siècle après, nous apportent des éléments nouveaux...


Car l’histoire littéraire (contrairement à ce que l’on pense parfois) est continuellement en mouvement, revue, améliorée ou polémique : les exemples, entre autres, de Rimbaud, Verlaine ou Lautréamont le prouvent. Et Oscar Wilde aussi suscite encore les controverses... Finalement, tant mieux !


En fait, le chroniqueur littéraire se trouve continuellement sur le fil, sans filet, avec le danger du fil de l’eau, de l’absence de recul. Il faut le savoir. Il n’est pas à l’abri des erreurs, des mystifications, des supercheries, d’une méconnaissance...


L’intérêt et la nouveauté du Net et des blogs (je me console ainsi) peut être justement dans les commentaires que chacun a la possibilité d’ajouter. L’auteur du blog n’a pas la parole sacrée, on peut le contredire, le critiquer à son tour, etc. Cela comporte aussi des risques (rien n’est parfait) mais, en général, il est toujours positif d’avoir des échanges – en tout cas, bien plus que quand aucun message n’arrive, que votre article rencontre l’indifférence, donne sur un désert de silence !


Et cela me convient car, je l’avoue, je développe personnellement continuellement le doute ; j’aime moi-même débusquer ce que j’appelle des curiosités, des coquilles de sens ou de présentation, des décalages, des bizarreries – en général, si possible, de manière légère...


Au fait, le Teleny que j’ai lu il y a quelques années est-il vraiment d’Oscar Wilde ?

Michel Sender.


[Post-sciptum. J’ai lu récemment, aux éditions Sabine Wespieser, Le pire, c’est la neige, un témoignage émouvant de Jacqueline Demornex sur sa liaison avec André Pieyre de Mandiargues. J’ai appris ensuite la publication chez Tallandier, par Nelly Kaplan (une femme que j’apprécie beaucoup) de sa correspondance (d’« amitié amoureuse » dit-elle) à la même époque, sous le titre très beau également de « Écris-moi tes hauts faits et tes crimes », avec André Pieyre de Mandiargues. Comment en parler ? Suis-je compétent pour le faire ? Avons-nous assez de recul ?]

Publié dans Littérature

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yvrenu 05/08/2009 13:41

Nous allons partir en vacances, je fais un tour de mes amis pour faire un bisous à tous…
Pause jusqu’à la fin du mois !!!

Michel Sender 06/08/2009 06:48



Merci, chère Yvette - et bonnes vacances ! Personnellement, j'ai failli connaître une pause durable de mon blog : une mise à jour intempestive a bloqué mon ordinateur et j'ai dû effacer mon
disque dur pour pouvoir redémarrer. "Vous aurez un ordinateur TOUT NEUF" m'a dit un conseiller téléphonique. Certes... mais je galère à tout réinstaller ! Nous sommes peu de chose, ma bonne dame
: un problème technique et, bling, nous sommes en "VACANCE" forcée... Bien amicalement, Michel Sender.



LILIRADAR21 02/08/2009 14:15

Petit jeu inter-blogs : j'aime votre blog, je vous décerne un Award ;-) Je vous "tague" ! A bientôt. J'ai lu attentivement vos articles.

beautemps 02/08/2009 10:01

nous doutons tous - là est un mystère - je te souhaite un très bon dimanche -

tipanda 01/08/2009 22:07

La chronique littéraire est un genre utile, ne serait-ce que pour le lecteur. Parce qu'on n'a jamais le temps de tout lire, on apprécie d'être guidé : faire le bon choix pour s'épargner les pertes de temps.
En même temps, c'est une redoutable responsabilité pour le chroniqueur. Risquer de fourvoyer son lecteur dans une voie sans issue ni intérêt ou de nuire à la réputation d'un auteur qu'on n'a pas aimé, ce n'est pas complètement anodin.

Daniel Salvatore Schiffer 01/08/2009 19:15

Cher Monsieur,

Je vous remercie pour la bienveillance avec laquelle vous avez bien voulu traiter mon "Oscar Wilde". Vous avez fait preuve, dans votre lecture, d'une grande perspicacité et d'une réelle sensibilité. Je vous en sais gré.

Bien à Vous

Daniel Salvatore Schiffer