L'actualité de Pierre-Joseph Proudhon

Publié le par Michel Sender

« Si j’avais à répondre à la question suivante : Qu’est-ce que l’esclavage ? et que d’un seul mot je répondisse : C’est l’assassinat, ma pensée serait d’abord comprise. Je n’aurais pas besoin d’un long discours  pour montrer que le pouvoir d’ôter à l’homme la pensée, la volonté, la personnalité, est un pouvoir de vie et de mort, et que faire un homme esclave, c’est l’assassiner. Pourquoi donc à cette autre demande : Qu’est ce que la propriété ? ne puis-je répondre de même : C’est le vol, sans avoir la certitude de n’être pas entendu, bien que cette seconde proposition ne soit que la seconde transformée ? »


Comment aborder Pierre-Joseph Proudhon (1809-1865), incontestablement un des grands penseurs et écrivains du dix-neuvième siècle, critique social vigoureux qui, dans un de ses premiers livres (Qu’est ce que la propriété ? ou Recherches sur le principe du droit et du gouvernement parut en juillet 1840 chez Jean-François Brocard à Paris), intéressa et influença manifestement Karl Marx sans jamais devenir lui-même marxiste, car trop individualiste, trop libéral dans son rejet de l’État ; anarchiste, certes, mais, sous l’utopie, recherchant un certain ordre ; un mutualiste et un autogestionnaire avant l’heure ayant marqué le syndicalisme chrétien…


Robert Damien le rappelle bien dans sa présentation (Proudhon, ou comment peut-on être socialiste ?) de cette réédition de Qu’est-ce que la propriété ?, un texte que l’on trouve librement sur Internet mais qui n’était pratiquement plus disponible en librairie. Car Proudhon reste difficilement classable, son Tous ensemble (« Alors grands et petits, savants et ignorants, riches et pauvres, s’uniront dans une fraternité ineffable ; et tous ensemble, chantant un hymne nouveau, relèveront ton autel, Dieu de liberté et d’égalité ! ») n’appelle pas à une révolte violente ni à la Révolution ; il reste un compagnon du devoir, un entrepreneur déçu, un croyant anticlérical, etc.


Cependant, comme par hasard, en 2009 (également année du bicentenaire de sa naissance), cette édition de Qu’est-ce que la propriété ? (de même, voir ce blog, que celle de La Philosophie de l’histoire de Hegel – ou encore le constat d’un « retour » à Marx) en fait ne tombe pas à plat tellement les sujets abordés par Proudhon demeurent actuels.


Il suffit de rappeler (l’introduction et les annotations d’Edward Castleton en restituent parfaitement le contexte) que Proudhon consacra un de ses premiers libelles, en 1839, à De l’utilité de la célébration du dimanche ou que, d’abord anonymement, il collabora plus tard, en 1853, à un Manuel du spéculateur à la Bourse.


Cela n’enlève rien à la complexité de sa pensée qui englobe le droit et l’économie, mais encore la question du mariage ou du malthusianisme des naissances, la psychologie, la vie des animaux, la moralité, etc.


Ici aussi, la facilité n’est pas de mise, mais il faut savoir profiter de l’opportunité de cette réédition, de l’excellent appareil critique qui l’accompagne, accessible au grand public, pour ne pas hésiter à lire Qu’est ce que la propriété ?, son livre-phare, comme un grand coup de tonnerre, et l’œuvre de Pierre-Joseph Proudhon, avec le recul de l’Histoire qui, parfois, n’est pas que celle du Progrès !

Michel Sender.


[*] Qu’est-ce que la propriété ? de Pierre-Joseph Proudhon [première édition de 1840], édition présentée par Robert Damien, introduite et annotée par Edward Castleton, collection « Les Classiques de la Philosophie », Le Livre de Poche, Librairie Générale Française, Paris, juin 2009 ; 448 pages, 7,50 €.


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