Les "Leçons" du Professeur Finkielkraut

Publié le par Michel Sender



« Le nazisme est mort et il ne reviendra plus en dépit des vigilants efforts de ceux qui ont connu la grâce d’une naissance tardive et qui rêvent d’affronter le monstre pour montrer de quel bois résistant ils se chauffent. »

Vous avez lu un peu partout qu’Alain Finkielkraut a été très malade mais que, en quelque sorte, il s’est « bonifié » ; vous l’aviez entendu, nonobstant, très gentil, avant les vacances chez Yves Calvi sur France Inter, vous annoncer son nouveau livre à la rentrée ; il a été reçu chez Marc Voinchet sur France Culture un de ces matins, etc., et vous avez craqué, vous l’avez acheté, vous l’avez entre les mains, Un cœur intelligent [*], le nouvel opus (deux éditeurs s’y sont mis) et, bang, indécrottable, Alain Finkielkraut vous sort ça !

Pourtant, tout semblait (vous le croyiez) avoir bien commencé, Alain Finkielkraut ayant « choisi neuf titres » de littérature tous les plus intéressants et les plus pertinents les uns que les autres – mais vous auriez dû vous méfier dès l’invocation du roi Salomon qui « suppliait l’Éternel de lui accorder un cœur intelligent » !

Et oui, parce que, après vous avoir parlé d’un très grand et très beau livre, Histoire d’un Allemand de Sebastian Haffner paru chez Actes Sud, Alain Finkielkraut vous sort son jugement… de Salomon : Attention, ce livre ne s’adresse pas aux antifascistes de papier, aux « jeunots » ou aux militants débiles, etc.

Le Professeur (il déteste l’appellation « prof ») Finkielkraut a parlé ! Et, en plus, il vous insulte ! Car ce type est une baudruche, tordue, manipulatrice, perverse – une baudruche éructante, mauvaise, sous le vernis cultivé ! (Vous savez, du genre à vous injurier – j’ai vécu ça –, courtoisement,  avec du grec : « Mais vous êtes cynique ! Vous connaissez l’étymologie du mot cynique, n’est-ce pas ? »)

Vous vous apercevez vite (Vassili Grossman ou Dostoïevski à la bouche) que ce gars qui se terrifie perpétuellement de la glaciation sibérienne du stalinisme et du communisme bureaucratique a le cœur glacé comme un congélateur ; qu’il appelle à lui l’humour juif mais que lui-même en est totalement dépourvu, d’humour ; qu’en fait il vous refile à tout propos Tocqueville et les bienfaits du libéralisme ou de la méritocratie, qu’il vante la démocratie sans être le moins du monde démocrate…

En fait, quoi qu’il en dise, Alain Finkielkraut est et restera tout simplement un donneur de leçons, un important, une caricature d’intellectuel qui prétend aimer La Plaisanterie de Milan Kundera mais qui ne plaisante pas ! Tout bêtement un sentencieux, j’ai bien le regret de le constater.

Toujours une citation à la gueule (il se croit sans doute en permanence sur sa chaire à Polytechnique) et une mentalité de « réac » ! Oui, de vieux (ou de jeune, peu importe) réactionnaire…

Alors, ne vous laissez pas prendre ou impressionner, vous n’êtes pas des élèves, vous n’avez (surtout) pas besoin d’Alain Finkielkraut pour apprécier Camus, Lord Jim ou Washington Square, vous pouvez parfaitement ignorer ses cours magistraux insipides et gonflés d’eux-mêmes ! On s’en passe très bien !

Michel Sender.

[*] Un cœur intelligent (Lectures) d’Alain Finkielkraut, coédition Stock/Flammarion, Paris, août 2009 ; 288 pages, 20 €.

Post-scriptum. J’ai tout de même découvert, dans Un cœur intelligent, une « curiosité » nouvelle, une catégorie inédite de collaborateur littéraire, le « transcripteur » ou, plutôt, la « transcriptrice ( ?) ». En effet, au-dessus du copyright (© Éditions Stock/Éditions Flammarion, 2009) du livre (là où on trouve parfois : « Collection dirigée par… » ou « Ce livre a été recommandé par… ») figure la mention : « Transcription réalisée par Bérénice Levet. » Qu’est-ce à dire ? Alain Finkielkraut ajoute plus loin, en fin d’« Avant-propos » : « Ma dette est grande également envers Bérénice Levet qui a tapé le manuscrit avec une infinie patience et qui m’a donné de précieux conseils. » Alain Finkielkraut aurait-il du cœur : c’est touchant de remercier le petit personnel. Et Bérénice Levet effectivement une « infinie patience » : personnellement, il y a longtemps que je lui aurais jeté son « manuscrit » (ses notes immondes) à la figure !


Publié dans Littérature

Commenter cet article

cabeleb 10/12/2011 09:09

Par ailleurs, j'aimerais que vous précisiez - et pas par la simple sentence, cette fois, je vous prie ... - en quoi A.F n'est pas démocrate ...? Non parce que c'est certainement une bonne chose
d'être sûr de ses vérités, encore faut-il pouvoir les défendre ... Et de déclarer "parce qu'il aime Toqueville", "Y.Gasset" ou qu'il concède une certaine justesse au libéralisme idéologique ne vous
aidera en rien ... Vos prises de positions sur ce que devrait être la démocratie n'ont aucune valeur de réalité (pas plus que les miennes où celles d'Alain par ailleurs), vous aussi devriez en être
conscient. Ce que vous faites, Monsieur, tient du jugement de valeur et du procès d'intention ... Et si une seule chose, sur cette terre, devrait être répréhensible, c'est bien ça.

Michel Sender 18/12/2011 06:02



Monsieur Cebelab, deux ans après avoir écrit cet article, je continue de penser que la phrase d'Alain Finkiekraut que je cite en début est inacceptable dans un essai littéraire et une
insulte au lecteur antifasciste actuel. Ce n'est pas un argument, c'est une attaque polémique basse et idiote.


Devant cela, même si je continue à écouter notamment l'émission d'Alain Finkielkraut sur France Culture (hier matin sur Primo Levi), j'ai cessé de m'intéresser à ce "Coeur intelligent" qui est un
mensonge dans son titre même !


Nous n'avons pas à accepter les discours creux et réactionnaires des soi-disant spécialistes qui hantent les gazettes et les têtes de gondole pour nous dire que tout va bien et que nous avons
tort de nous révolter.


Michel Sender.



cebaleb 10/12/2011 09:00

Mais, cher Michel, pourquoi vous-êtes vous senti insulté ? C'est "antifasciste de papier", "jeunôt", ou plutôt "militant débile" qui a touché votre sensibilité en plein coeur ...?! C'est dire si
vous avez une bien piêtre image de vous même ...

Achéritéguy 24/06/2010 02:22


Bonjour. Je découvre votre commentaire publié il y a neuf mois. J'y laisse cependant ces quelques mots. Quand j'ai su qu'Alain Finkielkraut était, ou avait été malade, une grande inquiétude m'a
saisi. Au point que j'ai cherché à savoir si cela pouvait être grave. Ça l'était. J'en ai été bouleversé.
Pour tout vous dire, cet homme m'est précieux, autant qu'il semble vous être antipathique. Je ne le crois pas tordu, encore moins retors, mais sincèrement angoissé devant la vie telle que, pour
lui, elle ne va pas. Je souhaitais vous en faire part, en passant. Très cordialement. JM Achéritéguy


Michel Sender 24/06/2010 06:30



Cher Monsieur Achéritéguy, je ne crois pas qu'Alain Finkielkraut me soit "antipathique". Je le lis, je l'écoute (notamment sur France Culture) - mais je n'ai pas aimé du tout son Coeur
intelligent pour les raisons que j'expose. J'aurais aimé le lire pour le plaisir de la littérature mais je me suis aperçu que lui-même ne faisait qu'utiliser ses lectures, les
instrumentaliser, au service d'une idéologie réactionnaire - et ça, je ne le supporte pas ! Bien amicalement, Michel Sender.



zeitnot 23/09/2009 18:55


Bravo et merci de cette si juste et si vivifiante critique. L'esprit tordu, je me demande si lorsque le prof se montre à la télé moins obtus, moins péremptoire, ce n'est pas une basse manoeuvre
visant à piéger le lecteur. Il faut toujours se méfier de ceux qui prétendent changer ou avoir changé.


KLINX 22/09/2009 18:21


BIEN AJUSTé, je suis.. et je vais cesser mes passages chez Yannick, regrets sincères mais qui n'a pas songé à en faire autant.. Une sorte de frustration?!