La guerre d'Espagne de Laurie Lee

Publié le par Michel Sender

 

 

« Bien peu savaient déjà que nous débarquions dans une guerre de vieux mousquets et de mitrailleuses enrayées, conduite par des amateurs aussi courageux que désemparés. Mais pour l’instant, il n’y avait pas de place pour les demi-vérités ou les hésitations ; nous avions trouvé une nouvelle liberté, presque une nouvelle moralité, et identifié un nouveau Satan – le Fascisme. »

Ce court passage me semble bien résumer et faire comprendre le ton d’Instants de guerre (1937-1938) [*], dernier livre de témoignage et de souvenirs, pendant la guerre d’Espagne, du poète et écrivain britannique Laurie Lee (1914-1997), un inédit paru directement en collection de poche [**].

En effet, Laurie Lee, jeune homme (il a vingt-trois ans) artiste et bohême (il trimballe avec lui un violon), franchit seul et clandestinement, en décembre 1937, la frontière espagnole pour rejoindre un pays qu’il connaît déjà et s’engager chez les Républicains dans la guerre civile qui fait rage.

Ouvrier, il a l’expérience de grèves syndicales en Angleterre mais il reste totalement « inorganisé », répondant simplement à un idéal de jeunesse et ne s’extrayant pas des autres volontaires (dockers au chômage, mineurs, voyous, marginaux de tous les pays…) présents comme lui en Espagne dans les Brigades internationales.

Ainsi, dès son arrivée, il apparaît comme un suspect et sera d’ailleurs à plusieurs reprises emprisonné tellement son parcours individuel intrigue et inquiète les responsables républicains toujours à la recherche d’éventuels espions ou saboteurs ennemis.

Néanmoins, du château de Figueras à Teruel, en passant par Madrid, mais sans presque jamais tenir un fusil, il vivra quelques semaines de l’enfer et du chaos qu’est alors l’Espagne en guerre, soumise aux bombardements et terriblement abandonnée à elle-même.

Mais, sans jamais remettre en cause ses convictions, Laurie Lee regarde cette situation anarchique et souvent grotesque avec (auto-)dérision et détachement, tout en vivant une véritable empathie, une authentique solidarité avec tous ceux qui partagent ces événements avec lui.

Très vite, bien sûr, il s’aperçoit qu’il n’est pas fait pour ça (on l’embauche notamment pour participer à des émissions à la radio) et va être finalement (avec de nouvelles difficultés) rapatrié vers son pays.

Et, plus de cinquante ans après, Laurie Lee (A Moment of War est le titre d’un de ses poèmes écrits à l’époque) raconte tout cela avec bonhommie, comme en passant, l’air de rien, sur un mode singulier et extrêmement personnel qui en fait toute la valeur littéraire !

Michel Sender.

[*] Instants de guerre (1937-1938) [A Moment of War, Viking Press, Londres, 1991] de Laurie Lee, traduit de l’anglais par Laurent Langlade, collection « Libretto », éditions Phébus, Paris, mars 2009 ; 176 pages, 11 euros. www.phebus-editions.com

 

 

 

[**] A moment of War est considéré comme le dernier volet d’une trilogie comprenant Cider with Rosie (The Hogarth Press, 1959 ; Rosie ou le goût du cidre, traduit par Patrick Reumaux, Phébus, 1990) et As I walked out one midsummer morning (André Deutsch, 1969 ; Un beau matin d’été, traduit par Robert Pépin, Phébus, 1987), disponibles en « Libretto ».

 

Publié dans Littérature

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Tietie007 06/12/2010 11:55


Je viens de rendre hommage à un brigadiste marseillo-espagnol !


zeitnot 23/09/2009 19:01


Je me demandais qu'offrir à une personne passionnée d'histoire et actuellement souffrante, et voilà, j'en profiterai pour relire histoire de pouvoir parler avec celle qui découvrira. Utile rappel
et beau choix et merci.