L'autre Verlaine de Guy Goffette

Publié le par Michel Sender

 

 

« Du lycéen de seize ans qui effeuille en cachette sous son pupitre les Fleurs d’un certain Monsieur Baudelaire et qui découvre soudain qu’elles ne sont pas de mai, comme il l’avait lu d’abord dans sa candeur, mais bien du mal, des fleurs de perversités et des nudités propres à le faire rougir en sa jeune corruption ; de ce lycéen naïf au vieil ivrogne encore vert de quarante-quatre ans qui se laisse rouler dans la farine et dans la boue par des catins cupides et des bougresses de caboulots, le chemin de Verlaine est celui, cahotant et chaotique, d’un Poucet jouant les ogres sans avoir su ni grandir, ni aimer au-dessus de son ombre boiteuse. »

Envie de changer d’air et de lectures, de vagabonder (c’est cela aussi la vie d’un lecteur et d’un blog), je suis tombé sur L’Autre Verlaine [*], voyage en Verlainie et de « Verlaineries » essaimées par Guy Goffette (poète aussi bien dans sa prose que dans ses vers) comme autant de brumisations de fraîcheur…

D’abord, et toujours, fraîcheur d’enfance, avec cet « autre Verlaine » (un gamin connu à l’école et qui portait le même patronyme) qui donne son titre au recueil et faillit à jamais dégoûter l’auteur de son illustre homonyme, le poète !

Ensuite, Guy Goffette (depuis, il a écrit son Verlaine d’ardoise et de pluie) nous promène dans l’univers et les paysages du vrai Verlaine, Paul (1844-1896), avec des reprises de textes composés pour un colloque universitaire (La foi d’un enfant de cœur), en préface à l’édition d’un choix de poèmes (Le débauché ingénu, dont j’ai extrait ci-dessus le premier paragraphe) ou en introduction de balades littéraires (Un Arrageois enragé et Passeur d’Ardennes).

Mais le tout conserve une profonde unité et la fraîcheur du style de Guy Goffette : « Bien que citadin de naissance et voué au bleu, Verlaine, c’est du vert qui lui coule dans les veines, c’est le sang vert de l’herbe que le suc maléfique de l’absinthe jamais ne remplacera, c’est le vert et la laine des collines, comme le soulignent les syllabes de son nom, c’est le feuillage à petits bruits qui s’éveille et l’haleine des arbres dans le brouillard. »

C’est aussi cela l’autre Verlaine, à qui Guy Goffette s’est converti !

Michel Sender.

[*] L’Autre Verlaine de Guy Goffette (première publication : éditions Gallimard, Paris, 2008), collection « Folio », éditions Gallimard, Paris, juin 2009 ; 112 pages, 5 €.

 

Publié dans Littérature

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