Une "romance" d'Henry James

Publié le par Michel Sender



« C’était en l’an 1820 et conséquemment – comme on dit dans nos campagnes reculées et, à vrai dire, ailleurs aussi – Mrs. De Grey avait atteint son soixante-septième printemps. Elle était néanmoins encore belle et (ce qui est bien plus précieux) encore aimable. Le cours exempt de turbulences et serein de sa vie avait laissé aussi peu de rides sur son humeur que sur son visage. Elle était grande de taille, bien en chair, avec des yeux sombres et une abondante chevelure blanche qu’elle portait tirée en arrière et enroulée autour d’un crépon ou de quelque accessoire de cette sorte. »

Depuis quelques décennies, la connaissance d’Henry James (1843-1916), immense écrivain américain contemporain pour nous de Flaubert, Maupassant ou Zola, se développe en France avec la réédition (souvent dans de nouvelles traductions) de la plupart de ses romans et la publication progressive, d’abord par Jean Pavans aux éditions de la Différence puis dans la « Bibliothèque de la Pléiade » chez Gallimard, de ses Nouvelles complètes jusqu’à présent dispersées chez divers éditeurs et dans de multiples recueils.

Cela nous vaut de nombreuses parutions de poche et, par exemple, tout récemment en septembre, celle de De Grey, histoire romantique [*] dans la collection « Folio 2 € » (traduction reprise de « La Pléiade »).

De Grey : A Romance, parue en juillet 1868 dans l’Atlantic Monthly de Boston, a la particularité de figurer parmi les premières nouvelles d’Henry James et de ne jamais avoir été reprise en volume du vivant de l’auteur.

Dès le début, un peu à la manière de Balzac, le jeune Henry James (il n’avait que vingt-cinq ans) campe petit à petit ses personnages (Mrs. De Grey, une vieille dame affable ; Mr. Hebert, un ancien ecclésiastique qui est un peu son directeur de conscience ; et Miss Aldis, Margaret, une jeune fille recueillie chez elle) et les lieux (une maison cossue « en bordure de la ville ») de l’action (un bien grand mot chez Henry James où tout se passe déjà en soliloques ou en conversations dérivées).

Car le principal souci de Mrs. De Grey est son fils unique, Paul, parti deux ans à l’étranger, en Europe (ça se faisait bien à l’époque dans les riches familles américaines), et qui va revenir au bercail, mais comme marqué d’une étrange malédiction, celle de son père disparu et ses ancêtres, celle des De Grey – le récit s’exacerbant avec l’histoire d’amour qui  naît entre Paul et Margaret…

Il est difficile d’en dire plus, sinon qu’Henry James nous plonge alors dans un thème cher au romantisme, celui de l’amour impossible ou condamné d’avance, mortel – avec une touche de fantastique irrationnel ; l’ensemble, encore une fois, dans une écriture subtile, mais aussi corsetée, comme tirée à quatre épingles !

Michel Sender.

[*] De Grey, histoire romantique (De Grey : A Romance, The Atlantic Monthly, Boston, juillet 1868 ; Travelling Companions, Boni & Liveright, New York, 1919) d’Henry James, traduit de l’américain par Pierre Fontaney (première publication : Nouvelles complètes, I, « Bibliothèque de la Pléiade », Gallimard, Paris, 2003), collection « Folio 2 € », éditions Gallimard, Paris, septembre 2009 ; 96 pages, 2 €.


Publié dans Littérature

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tipanda 03/10/2009 10:28


Le charme du passé ... c'est amusant comme l'automne nous attire vers de tels récits.
Bises aux deux et quatre pattes.