L'angoisse déprimante de Julia Leigh

Publié le par Michel Sender




« Comment écrire la violence ? Dans mon roman Ailleurs, une femme, Olivia, revient chez sa mère après une longue absence, accompagnée de ses deux enfants. Elle a un bras cassé – et on apprend plus tard qu’elle a fui un mari brutal. Au moment où Olivia revient chez sa mère, son frère Marcus est aussi en visite dans le château familial. Lui et sa femme Sophie rentrent de la maternité avec le cadavre d’un bébé mort-né, parce que l’hôpital leur a conseillé de passer quelque temps ensemble avant l’enterrement. »

Quel meilleur résumé de son roman Ailleurs [*], qui paraît en collection de poche, que celui fait en mai dernier par l’auteure elle-même, Julia Leigh, pour Le Monde des livres et la Villa Gillet aux Assises internationales du roman dont les actes sont annoncés en novembre chez Christian Bourgois ?

Car ce livre de Julia Leigh, romancière australienne née en 1970 à Sydney dont un premier roman Le Chasseur (The Hunter, Penguin Books Australia, 1999) a été publié en 2000 chez Actes Sud, est une mécanique implacable et effrayante, d’une froideur clinique et presque chirurgicale.

Devant les grilles monumentales du château où arrivent cette femme (pour parler de son personnage, Julia Leigh écrit souvent « la femme », un peu à la manière de Peter Handke dans La Femme gauchère) et ses enfants, on pense bien sûr à Kafka et à son univers déprimant et mortifère.

Et sa sœur Sophie, dans une douleur lancinante et muette, se promène tout au long du récit avec le cadavre de son enfant mort-né dans un drap ou une couverture…

Seule, une servante, Ida – elle vit dans la maison avec ses propres enfants, deux jumelles –, a une réaction d’effroi quand le couple dépose son bébé dans le réfrigérateur !

Il y a aussi la figure tutélaire de la grand-mère, installée dans une chambre reculée et qu’on déplace en fauteuil roulant !

Ce court roman (une « novella », précise l’auteure, qui a également placé son livre sous l’exergue d’une lettre de Gustave Flaubert à Louise Colet – « Avec ma main brulée j’ai le droit maintenant d’écrire des phrases sur la nature du feu » – citée par Ingeborg Bachmann dans Malina) nous est parvenu chaudement recommandé par Toni Morrison (« Julia Leigh est une magicienne. Sa prose adroite diffuse une impression de contrôle serein tandis que la terre tremble sous nos pieds », dit-elle en quatrième de couverture) et J. M. Coetzee (« Ailleurs est un roman puissant et troublant »), deux Prix Nobel de Littérature, mais, personnellement, même si j’en reconnais la qualité d’écriture, il me laisse profondément sceptique et atterré !

Michel Sender.

[*] Ailleurs (Disquiet, Faber & Faber, Londres, 2008) de Julia Leigh, traduit de l’anglais (Australie) par Jean Guiloineau (première publication : Christian Bourgois, Paris, août 2008), collection « Point » (« Rentrez littéraire ! Édition 2009 »), éditions du Seuil, Paris, août 2009 ; 128 pages, 5 €.

Publié dans Littérature

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CecileSBlog 07/10/2009 12:15


Cela me rassure un peu : je me sentais toute seule de ne pas avoir aimé ce roman ...


tipanda 07/10/2009 10:15


On sent l'approche de la Toussaint ...