Alexandre Dumas and Co

Publié le par Michel Sender

Alexandre Dumas et associés

« Atteint par cette déplorable contagion d’industrialisme, la plaie de l’époque, M. Dumas, on peut et on doit le dire, semble voué corps et âme au culte du veau d’or. Sur l’affiche de quel théâtre, même le plus infime, dans quelle boutique, dans quelle entreprise d’épicerie littéraire n’a-t-on pas vu figurer son nom ? Il est physiquement impossible que M. Dumas écrive ou dicte tout ce qui paraît signé de lui… »

André Maurois, dans Les Trois Dumas (Hachette, Paris, 1957), rappelait ce jugement de bon sens émis en 1842 par Louis de Loménie dans sa Galerie des contemporains illustres (par un homme de rien).

En effet, très tôt, la prolixité d’Alexandre Dumas ne manqua pas d’intriguer ses confrères et Eugène de Mirecourt (« assez bien renseigné », toujours d’après André Maurois) mit complètement (non sans beaucoup d’acrimonie et de méchanceté raciste) les pieds dans le plat avec son Fabrique de romans – Maison Alexandre Dumas et compagnie (Paris, Chez tous les marchands de nouveautés, 1845) en citant déjà Auguste Maquet et bien d’autres.

Profitant d’un film récent (L’Autre Dumas de Safy Nebbou avec Gérard Depardieu et Benoît Poelvoorde), les éditions Bartillat viennent de rééditer un livre de Bernard Fillaire, Alexandre Dumas et associés, sous un nouveau titre aménagé en fonction de l’actualité [*] mais qui hélas ne tient pas toutes ses promesses.

Car cet essai, essentiellement parce qu’il s’agit d’un pamphlet (tout à fait légitime en 2002 avant le transfert des cendres d’Alexandre Dumas au Panthéon) et non de l’étude scientifique que l’on pourrait espérer, demeure décevant, écrit trop vite et mal ficelé, même si Bernard Fillaire a pour moi parfaitement raison de dénoncer (au risque parfois d’enfoncer des portes ouvertes) le scandale de l’industrialisation littéraire qui constitue encore (et il faudrait d’ailleurs l’étendre aujourd’hui à l’univers des séries télévisées) une réalité du monde éditorial.

En effet, et il n’est pas besoin d’y ajouter Alfred Jarry, Willy ou Paul-Loup Sulitzer, la « collaboration » littéraire reste un continent caché qui évolue progressivement (Bernard Fillaire le sait bien qui mentionne la jurisprudence Étienne de Monpezat et vient de cosigner un livre de Lilian Thuram) mais que le simple lecteur ne peut jamais imaginer !

Ainsi, Alexandre Dumas, déjà à son époque présenté comme un excellent cuisinier (et qui était aussi un redoutable chef d’atelier) n’a été pour beaucoup qu’une marque déposée, un label commercial qui faisait vendre : Auguste Maquet s’en est bien rendu compte pour les livres qu’il avait officiellement signés !

Mais peut-on pour autant en extrapoler qu’Alexandre Dumas ne fut que le pseudonyme d’Auguste Maquet, ou de Félicien Malefille, ou de Pier-Angelo Fiorentino, etc. ? Le mystère reste entier mais il doit nous porter à la vigilance, y compris devant des éditions de classiques commentés par les meilleurs spécialistes dans les collections les plus renommées…

En tout cas, seuls les naïfs croiront que l’édition n’est pas une industrie, entraînant avec elle son cortège de précaires et de mal-payés qui, refusant souvent de s’employer dans une usine ou dans la Fonction publique, travaillent comme des nègres et se font exploiter tout autant ! Le mémorial est immense.

Michel Sender.

[*] Alexandre Dumas, Auguste Maquet et associés de Bernard Fillaire, éditions Bartillat, Paris, janvier 2010 ; 144 pages, 14 €. www.editions-bartillat.com


Publié dans Littérature

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jean-phi 12/03/2010 18:28


un petit coucou en passant, j'ai vu ton article grâce au widget de la communauté, tu peux toi aussi l'installer pour voir les derniers articles parus dans celle-ci. Dans un module texte libre par
exemple.


Michel Sender 13/03/2010 05:51



Cher Jean-Phi, merci de ta visite (je n'oublie que tu as créé Diaspora Zorange et tes conseils, etc.). Je ne sais pas ce qu'est un widget. J'ai le logo de Diaspora dans mes "Communautés"... Bien
amicalement, Michel Sender.