"Amelia Earhart" de Jennifer Lesieur

Publié le par Michel Sender

Amelia Earhart de Jennifer Lesieur

 

« Signé Mira Nair, Amelia raconte les amours et les exploits d’Amelia Earhart, première femme à avoir traversé l’Atlantique en avion dans les années 30. Cette reconstitution très académique se crashe, elle, dans l’eau de rose juste après le décollage. » (C. M., dans Télérama n° 3144.)

Pas facile de faire rêver, aujourd’hui, avec le personnage d’Amelia Earhart (1897-1937), une des pionnières de l’aviation, sur qui sort en France cette semaine un film avec Hilary Swank et Richard Gere et dont les premières critiques (du moins à en juger par celle, fort expéditive, de Télérama) ne sont pas très favorables.

Jennifer Lesieur (en 2008, sa biographie de Jack London a été remarquée chez Tallandier) s’y est essayé il y a quelques semaines dans une courte monographie des éditions Grasset [*] tandis que, ce mois-ci, un nouvel ouvrage de Bernard Marck, lui aussi entièrement consacré à Amelia Earhart, paraît chez Arthaud.

Pour ma part, pour tâcher de mieux comprendre le phénomène, j’ai confronté ma lecture du livre de Jennifer Lesieur avec celle d’un volume plus ancien signé Nevin Bell – en fait dû à la romancière anglaise Nona Coxhead (1914-1998) – dans la collection « Les Femmes célèbres » du Cercle du Bibliophile [**].

Il faut dire que Le Plaisir des ailes (The Fun of It) et Dernier Vol (Last Flight), livres d’Amelia Earhart traduits en français en 1932 et 1938 chez Gallimard, n’ont pas été réédités et que les sources restent essentiellement anglo-saxonnes, avec de nombreuses spéculations non vérifiées sur les causes de sa disparition.

Par son apparence physique (les cheveux courts) et par la spécificité de l’habillement des aviateurs du début du siècle dernier, Amelia Earhart fait penser à La Garçonne des années 1920 et en revendique d’ailleurs la liberté, tout en jouant de son image pour se faire connaître et financer ses projets.

Et à sa première traversée transatlantique, en 1928, où elle n’avait été que l’accompagnatrice de deux hommes (le pilote Wilmer Stultz et le mécanicien Lou Gordon), les médias avaient surtout retenu sa participation (une « première » féminine) et son apparence juvénile la faisant ressembler à Charles Lindberg, ce qui lui valut le surnom de Lady Lindy.

Elle n’eut ensuite comme ambition, avec le soutien de son manager – qui devint plus tard son mari – l’éditeur George Putnam, que de réaliser une nouvelle traversée de l’Atlantique, mais cette fois-ci en solo, ce qu’elle réussit en 1932 à bord d’un Lockheed Vega.

Amelia Earhart, sur les conseils de son époux, n’hésita pas d’ailleurs à faire de nombreuses démonstrations publicitaires (pour des marques de cigarettes ou de vêtements) et à tenter des records lucratifs (notamment en testant les premiers autogires Pitcairn), tout en publiant des articles et des livres faisant la promotion de l’aviation, de son organisation et de ses compagnies naissantes.

Elle orienta ensuite ses tentatives vers des survols de l’océan Pacifique : elle réalisa un vol Honolulu-Oakland en solitaire en 1935 et une nouvelle traversée Oakland-Honolulu en mars 1937 avec un Lockheed Electra plus récent. Et c’est la même année et dans le même avion qu’elle s’engagea, avec Fred Noonan comme navigateur et unique copilote, dans un tour du monde par étapes débuté le 1er juin au départ de Miami et qui devait s’achever en Californie, d’est en ouest…

Mais l’appareil d’Amelia Earhart et Fred Noonan, après avoir traversé sans encombre l’Atlantique, l’Afrique et l’Indonésie, disparut avec ses occupants le 2 juillet 1937 entre Lae en Nouvelle-Guinée et l’île de Howland dans le Pacifique. Les multiples recherches ne permirent jamais de les retrouver.

De là, une certaine légende d’Amelia Earhart, disparue encore jeune et auréolée d’une gloire toujours très photogénique !

Michel Sender.

[*] Amelia Earhart de Jennifer Lesieur, éditions Grasset, Paris, février 2010 ; 210 pages (+ 8 pages photos), 15 €.

[**] Amelia Earhart de Nevin Bell [Heron Books, Londres, 1970], préface de Nadine Lefebure, traduit de l’anglais par Anne-Marie Barrelet, collection « Les Femmes célèbres » distribuée par le Cercle du Bibliophile, Edito-Service, Genève, 1971 ; xx + 356 pages.

 

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