"Bonbon Robespierre" de Sergio Luzzatto

Publié le par Michel Sender

 

    Bonbon Robespierre

 

 

Nous arrive d’Italie un ouvrage très maîtrisé et très original sur un personnage très connu par son patronyme mais très méconnu dans les faits, Augustin Bon Joseph Robespierre (1763-1794), frère cadet de Maximilien Robespierre, dit « Bonbon » ou Robespierre le Jeune.

Montagnard comme son frère aîné, son destin reste indissolublement lié à lui car, au moment du décret d’arrestation de Maximilien à la Convention, il demanda volontairement à partager son sort (« Je suis aussi coupable que mon frère, déclara-t-il publiquement ; je partage ses vertus. Je demande aussi le décret d’accusation contre moi »), fut fait prisonnier avec lui, et, après une tentative de suicide (il se jeta par une des fenêtres de l’Hôtel-de-Ville de Paris), fut, comme son frère qui avait la mâchoire fracassée par un coup de pistolet, conduit moribond à la guillotine le 10 thermidor an II du calendrier républicain.

Depuis, la personnalité d’Augustin Robespierre, avocat comme son frère et député comme lui, demeure assimilée à celle de Maximilien Robespierre dont il était le proche, le protégé et le soutien et a subi les hauts et les bas, le plus souvent l’opprobre, de la mémoire historique concernant son aîné.

Dans Bonbon Robespierre – La Terreur à visage humain [*], l’historien italien Sergio Luzzatto tâche de distinguer ce qui fut la particularité d’Augustin Robespierre dans ce parcours de Révolution intransigeante et d’une violence terrifiante.

Ni recherche de réhabilitation, ni dénonciation outrancière, son livre, extrêmement bien écrit et documenté, essaye, à partir de courts chapitres denses et lumineux dans leurs explications, de redonner vie à ce frère de l’Incorruptible.

Bonbon Robespierre apparaît alors plus convivial, moins porté sur la théorie, bon vivant et surtout plus proche des réalités et du peuple de base.

Tandis que son grand frère construisait de grandes idées dans la solitude de son bureau parisien et restait sourd le plus souvent à toutes les sollicitations extérieures, Augustin Robespierre partit à plusieurs reprises en mission en province et, au milieu des nombreuses rivalités de l’époque ou des multiples dénonciations qui pouvaient décimer des familles entières, il garda, semble-t-il, une modération notable.

Il ne parvint pas cependant à infléchir l’attitude de son frère dont il refusa toujours de se désolidariser et, de toute façon, le temps lui manqua… C’est ainsi qu’il restera indissolublement lié dans l’Histoire à cet aîné qui porta la Révolution à une incandescence meurtrière.

Le livre de Sergio Luzzatto nous plonge dans le vif de cette période troublée et, à petites touches, parvient à dépasser les clichés et les images toutes faites !

Michel Sender.

[*] Bonbon Robespierre – La Terreur à visage humain (Bonbon Robespierre. Il Terrore dal volto umano, Einaudi, Turin, 2009) de Sergio Luzzatto, traduit de l’italien par Simone Carpentari Messina, éditions Arléa, Paris, janvier 2010 ; 160 pages, 16 €. www.arlea.fr

 

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