Daniel Bensaïd dans la revue "ContreTemps"

Publié le par Michel Sender

Contretemps n° 4


« La crise sociale et écologique n’en est qu’à ses débuts. Par delà de possibles reprises ou embellies, le chômage et la précarité continueront à des niveaux très élevés et les effets du changement climatique à s’aggraver. Il ne s’agit pas, en effet, d’une crise comme le capitalisme en a connu périodiquement, mais d’une crise de la démesure d’un système qui prétend quantifier l’inquantifiable et donner une commune mesure à l’incommensurable. Il est donc probable que nous sommes au début d’un séisme dont le paysage politique, de recompositions en redéfinitions, sortira d’ici quelques années bouleversé. C’est à cela qu’il faut se préparer en refusant de sacrifier l’émergence d’une alternative à moyen terme à des opérations politiciennes et à des gains immédiats hypothétiques qui se traduisent par d’amères désillusions. »

Ainsi concluait ses « Notes sur l’actualité », dans le tout dernier numéro de la revue ContreTemps [*] dont il était un des directeurs de publication, Daniel Bensaïd dont on a annoncé la mort hier 12 janvier 2010.

Plus haut, il ne manquait pas de pointer « le choix stratégique auquel la nouvelle gauche [allait] se trouver confrontée » : « Ou bien se contenter d’un rôle de contrepoids ou de pression sur la gauche traditionnelle en privilégiant le champ institutionnel ; ou bien, privilégier les luttes et les mouvements sociaux pour construire patiemment une nouvelle représentation politique des exploités et des opprimés. »

On reconnaît bien là un des thèmes de « la gauche de la gauche » et du trotskisme dont Daniel Bensaïd (il avait soutenu récemment la transformation de la Ligue communiste révolutionnaire en Nouveau parti anticapitaliste), depuis les événements de mai 1968, était un des militants et des théoriciens – et dont il suivait ou précédait les évolutions.

Avec le goût du combat et du débat, des formules chocs, de l’internationalisme, de l’écriture vive, toujours sur la brèche !

Dans le dernier numéro de Contretemps, dans un dossier d’ouverture à l’appellation malicieuse (De quoi communisme est-il le nom ?), Daniel Bensaïd, « indécrottable », a intitulé sa contribution (aux paragraphes numérotés, vieille manie de rédacteur de thèses politiques ou de manifestes) « Puissances du communisme »

Eh oui, « Bensa » était comme ça !

Michel Sender.

[*] ContreTemps (Revue de critique communiste), nouvelle série, numéro 4, éditions Syllepse/La discordance des temps, Paris, décembre 2009 (quatrième trimestre 2009) ; 160 pages, 12 €. www.contretemps.eu (Voir ce blog également le 8 août 2009.)

Publié dans Littérature

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tipanda 17/01/2010 11:37


Un hommage très fort a été rendu par Edwy Plenel dans sa chronique de samedi 16 janvier sur F&erance-Cul.


Francesca 14/01/2010 11:48


Oui, sur le Net, qui pallie de plus en plus les lacunes des medias traditionnels...Habituée de France Culture etc, s'il y a eu des hommages, je les ai manqués !


Francesca 13/01/2010 10:50


Merci Michel !
J'apprends la mauvaise nouvelle par ton blog (message reçu en double...pour insister ? ou par erreur ?)
Je n'ai pas entendu parler de ce décès qui n'a apparemment pas mobilisé les medias et qui arrange peut-être les tenants du pouvoir actuel mais sans doute aussi certains des "opposants" divergeants,
comme il en existe bcp dans la mouvance dite trotskiste(je soutiens pour ma part la branche IVème Internationale, chut !).
Les commentaires ultérieurs promis par Tipanda recueilleront ma plus grande attention.

Quelles que soient les réserves que j'ai sur les analyses de "Bensa", elles me laisseront en mémoire une vivacité et une honnêteté peu communes qui forcent l'admiration.
Je n'ai pas encore lu ce numéro de Contretemps mais je vais le faire incessamment !


Michel Sender 14/01/2010 05:43



Chère Francesca, à la lecture du dernier numéro de la RILI - cette fois-ci, une livraison plutôt ardue ! -, j'apprends que "Puissances du communisme (De quoi communisme est-il
aujourd'hui le nom ?)" est le titre de rencontres organisées les 22 et 23 janvier par la Société Louise Michel à l'Université Paris 8. Daniel Bensaïd devait y participer. Les intervenants vont de
Etienne Balibar à Slavoj Zizek en passant par Jacques Rancière... Bien amicalement, Michel Sender. (L'envoi en double aux abonnés peut se produire lorsque l'auteur corrige un passage et renvoie
l'article. J'ai écrit ce petit texte sur ContreTemps et Daniel Bensaïd à chaud... A ma connaissance, je l'ai apprise en écoutant un bulletin d'infos de France Inter, la disparition de
Daniel Bensaïd n'a pas été ignorée par les médias et il y a de nombreuses réactions sur le Net.)



tipanda 13/01/2010 10:18


Hélas ! Toute mort est un désastre et le signe de notre impuissance.
Pour ne pas tomber dans le lieu commun : "les morts sont tous de braves types" et garder assez de décence pour ne pas "tirer sur une ambulance" (en l'espèce, un corbillard), j'attendrai un autre
jour pour donner un avis sur l'oeuvre du défunt.


Michel Sender 14/01/2010 05:22


Chère Tipanda, vu ton accueil de la biographie d'Engels, je m'attends au pire ! Personnellement, comme je reste attaché au marxisme, je pense intéressant de connaître l'élaboration en ce domaine...
Bien amicalement, Michel Sender.