"Dans le secret d'une photo" de Roger Grenier

Publié le par Michel Sender

Dans le secret d'une photo de Roger Grenier


« Avant même l’invention du Kodak, les bourgeois, petits et grands, beaux ou laids, ont eu la rage de se faire tirer le portrait, de fixer les souvenirs de famille. C’est un besoin qui a toujours existé, même des millénaires avant l’invention de la photo. Telle cette jeune femme dont parle Pline l’Ancien. Lorsque son homme va partir pour la guerre, elle dessine sur le mur de la chambre le contour de son ombre. Elle gardera ainsi une image fidèle. »

Dans son dernier livre, Dans le secret d’une photo [*], proposé dans l’excellente collection « L’un et l’autre » de Jean-Baptiste Pontalis chez Gallimard où il a déjà raconté ses souvenirs d’homme de radio (Fidèle au poste) ou rendu hommage à Pascal Pia (Pascal Pia ou le droit au néant), Roger Grenier égrène des impressions de vie cachées sous les photographies : « Une photographie est un secret au sujet d’un secret », estimait Diane Arbus.

Restent toujours présents en fond d’écran bien sûr la figure tutélaire de Tchékhov ou le rappel de la photo de groupe (avec Pia et Camus) à la rédaction de Combat, mais Roger Grenier remonte encore à son enfance (on pense au très bel Andrélie) avec ses parents opticiens qui vendirent un temps des appareils photographiques.

S’imposent alors les marques, quasi générationnelles, des « boîtes » [**] de l’époque (Baby Box, Agfa, Leica, Rollei…), autant de circonstances pour faire revenir à la mémoire des images plaisantes ou plus dramatiques de l’existence.

Viennent à lui aussi les amitiés complices des photographes, son cher Brassaï, René Saint-Paul à Combat, Ladevèze à France-Soir, Jeanlou Sieff… ou la « rancune » de Gisèle Freund.

Il y convoque également évidemment les amis écrivains (Claude Roy et ses albums sur la photographie) ou les passionnés de cet art (Lewis Carroll ou Émile Zola) et plus généralement des considérations sur « la dialectique du portrait », la couleur, le témoignage ou la nostalgie : « Devant ces photos d’autrefois, j’ai l’impression que le présent est un pays étranger, nous dit-il. J’y vis en exil. »

Par petites touches, et toujours magnifiquement écrit, Dans le secret d’une photo de Roger Grenier est un livre tout simplement aérien !

Michel Sender.

[*] Dans le secret d’une photo de Roger Grenier, collection « L’un et l’autre », éditions Gallimard, Paris, janvier 2010 ; 144 pages, 17,50 €.

[**] Écrivant cet article, j’apprends (dans le magazine Lire qui en publie des extraits dans son numéro de mars 2010) que le nouveau livre traduit en français de Günter Grass à paraître aux éditions du Seuil s’intitule L’Agfa Box (en allemand Die Box).

Publié dans Littérature

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Dominique 27/02/2010 16:48


C'est une superbe collection, j'aime bien roger Grenier, il a commis aussi dans la même collection un texte sur Tchekov qui est très bien
Si vous êtes amateur de bio, jean Michel Delacomptée a aussi plusieurs titres qui sont excellents sur le XVIIeme siècle surtout


Michel Sender 28/02/2010 08:51


J'aime beaucoup la collection "L'un et l'autre". Bien amicalement, encore, Michel Sender.


Francesca 26/02/2010 18:45


Puisqu'il s'agit de photo, je recommande une petite mais très belle expo de photos, plutôt inconnues pour beaucoup, de Doisneau à la fondation Cartier-Bresson. J'y ai retrouvé le Paris de mon
enfance.
L'une d'elles, intitulée "Le bouquet de mimosa" est d'une grande force : une femme de profil, l'air éreinté, boit un coup au comptoir. Un ouvrier, de face, contemple le bouquet avec un demi sourire
qui laisse penser que ce bouquet lumineux embellit sa fin de journée...


tipanda 25/02/2010 10:18


Tiens, il faudra que j'y fasse une incursion. J'espère seulement ne pas être agacée comme je le suis souvent par les écrits des gens qui dissertent sur la photo sans admettre cette évidence : un
individu ne peut se proclamer photographe s'il n'est pas capable d'en vivre.Tout le reste est (pardonnez- moi l'expression !) du branlage de cervelle. Ce que j'en dis ... c'est au bout d'une
carrière-photo qui a consisté à se battre pour un métier contre les bricoleurs et les incapables qui se prétendent artistes.