Domaine "publique"

Publié le par Michel Sender

Lire Freud

Le dernier numéro du mensuel Lire [*] fait sa couverture sur Sigmund Freud.

En effet, du fait du passage des œuvres de Freud dans le domaine public, à partir de cette rentrée 2010 – tandis que les Presses universitaires de France rééditent une grande partie de leur fonds de traductions – plusieurs de ses livres sont retraduits en français.

Le plus symptomatique réside pour moi par exemple (j’ai évoqué cette question sur ce blog le 5 novembre 2009) dans les deux nouvelles versions de Das Unbehagen in der Kultur : l’une, celle de Bernard Lorthorary en Points-Le Seuil, titrée Le Malaise dans la civilisation ; l’autre, Le Malaise dans la culture, due à Dorian Astor pour Garnier-Flammarion (reprise également dans la collection « Les livres qui ont changé le monde » Le Monde-Flammarion diffusée en kiosques).

J’aime beaucoup le Lou-Andreas Salomé de Dorian Astor en « Folio Biographies » et je m’intéresse à ses travaux, mais ma préférence, pour des raisons philologiques (et ce n’est jamais secondaire chez Freud), va bien sûr à la traduction de Bernard Lorthorary qui restitue le sens « historique » de ce livre en français.

Je me réjouis donc que l’on lise de nouveau Freud en français mais, surprise, le magazine Lire affiche « Freud : Pionnier ou imposteur ? » avec, notamment, « Le portrait à charge de Michel Onfray » !

L’auteur de Traité d’athéologie, qui, à bon droit, y soulignait l’importance de L’Avenir d’une illusion de Freud, dénonce semble-t-il, dans un livre à paraître chez Grasset fin avril 2010, Le Crépuscule d’une idole (L’affabulation freudienne).

La page de résumé qu’en donne Lire est terrifiante !

Je ne veux pas ici résumer le résumé (il s’agirait d’une partie de la conclusion du livre) mais les accusations proférées par Michel Onfray contre « cet affabulateur accablé par un lourd dossier » sont vraiment terribles !

Lire donne ensuite la parole à Alain de Mijolla (« La réplique d’Alain de Mijolla ») puis la (re)réponse de Michel Onfray : ça promet !

La guerre est déclarée et chacun se renvoie le célèbre proverbe arabe : « Les chiens aboient, la caravane passe »

Personnellement, ne pouvant pas lire pour l’instant les développements de cet ouvrage annoncé avec un certain sens de la publicité, je ne peux que témoigner, en tant que lecteur ancien, combien la lecture de Freud (comme, d’ailleurs, pour moi, celle de Marx) m’a bouleversé et me bouleverse encore ; que, sans être ni freudien ou freudiste, son œuvre m’importe, reste primordiale.

Et, apparemment, avec son ouvrage, Michel Onfray veut redonner vie à la polémique sur le Livre noir de la psychanalyse et, manifestement, son attitude est celle d’un guerrier.

Je pense à cela après la lecture du dernier livre de Bernard-Henri Lévy, De la guerre en philosophie [**], qui, en dehors de son incroyable bévue sur Jean-Baptiste Botul, est très révélateur du débat philosophique considéré comme une guerre ! Bernard-Henri Lévy y trace d’ailleurs un « Portrait du philosophe en guérillo et en voyou » qui ne cache pas combien les citations sont des armes de guerre et les controverses un combat.

Je pense à cela encore après la lecture du numéro de Marianne reçu hier et qui, lui, tout de go, nous pose la question : « Alain Badiou. La star de la philo est-il un salaud ? » Rien que ça.

Je n’ai jamais été maoïste (je ne suis pas pour autant, estimant même avoir échappé grâce à cela à beaucoup d’illusions, un trotskiste repenti) mais j’imagine facilement que le fonctionnement des groupes n’était pas tout rose : mais de là à traiter Alain Badiou de « salaud », il y a peut-être une marge ?

Allons-nous donc revenir (à moins que nous n’en soyons jamais sortis) à des guerres d’invectives, tranchée contre tranchée ?

Michel Sender.

[*] Lire de mars 2010, 108 pages, 5,90 €.

[**] De la guerre en philosophie de Bernard-Henri Lévy, éditions Grasset, Paris, février 2010 ; 140 pages, 12,50 €.

Précision. J’ai titré cette chronique, au départ (ne sachant pas que mon sujet bougerait tant), Domaine « publique », pour rire d’une publicité en quatrième page de couverture de Lire vantant une initiative Nintendo DS/Folio-Gallimard sur « 100 Livres Classiques », « une véritable bibliothèque numérique de 100 œuvres classiques tombées dans le domaine publique » (sic). Vie privée, vie publique…


Publié dans Littérature

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tipanda 28/02/2010 10:50


Nous verrons ... Il règne une certaine méfiance car Onfray a l'habitude de se tromper d'époque, de juger le passé à l'aune d'un présent que l'accusé, par définition, ne pouvait pas connaitre.


Dominique 28/02/2010 10:06


Je n'ai pas encore le numéro de lire entre les mains, mais voilà qui promet de solides empoignades, Michel Onfray aime la polémique et ferrailler parfois pour notre plus grand plaisir et parfois
pris d'un zèle excessif