Elsa Triolet et Louis Aragon, encore

Publié le par Michel Sender

Domique Desanti Les Yeux d'Elsa

 

« À Nice, j’avais commencé à écrire le roman de moi que je préfère, celui qui a été le plus lu : Le Cheval blanc. L’histoire de Michel Vigaud, irrésistible aventurier que nulle ne peut retenir. Une passion pourtant le domine, celle d’Élisabeth. Mais si elle aime l’amour que Michel lui porte, elle refuse de “faire l’amour”. Michel court le monde, connaît les pays, les classes sociales, les aventures… »

Pour le quarantième anniversaire de la mort d’Elsa Triolet (voir ce blog le 2 août dernier à propos de l’Avec Elsa Triolet de Pierre Daix), Dominique Desanti et Karin Müller publient un curieux petit livre intitulé Les Yeux d’Elsa au siècle d’Aragon [*].

Dans ce récit à deux voix qui pourrait peut-être devenir un spectacle théâtral (Marie-Christine Barrault et Charles Gonzales sont cités en exergue), Elsa Triolet et Louis Aragon s’expriment à la première personne, chacun à leur tour.

De leur rencontre à La Coupole en 1928 à la mort d’Elsa en juin 1970 puis son enterrement officiel en septembre 1971 dans leur propriété de Saint-Arnoult, c’est toute leur vie commune et les événements politiques qu’ils connurent qui défilent ainsi sous nos yeux.

Et cela reste troublant et dérangeant, tellement le mythe du couple parfait, magnifié par les poèmes de Louis, semble problématique, Elsa gardant toujours une grande dignité, comme dans cet autre passage :

« Oui, j’ai tenté la séparation d’avec Louis. En réalité, je n’en pouvais plus de l’attendre sans cesse, d’être chantée par lui, de devenir le visage de la France… et de me sentir si seule. Aux yeux de tous nous étions un couple de rêve. En fait, nous n’étions un couple que d’apparence. Nos corps n’étaient même plus fraternels. »

C’est bien écrit et, bien sûr, bien documenté – Dominique Desanti ayant bien connu « le couple ambigu » dont elle parle !

Michel Sender.

[*] Les Yeux d’Elsa au siècle d’Aragon de Dominique Desanti et Karin Müller, éditions Guéna, Paris, septembre 2010 ; 112 pages, 14 €. (En couverture, photographie de Robert Doisneau/Rapho.)

 

Publié dans Littérature

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Clovis Simard 03/07/2012 03:39

(fermaton.over-blog.com),No-18, THÉORÈME NELLIGAN. - Les yeux d'Elsa.

tipanda 07/10/2010 10:32


Preuve (mais en faut-il ?) du danger qui existe dans le mélange des genres. C'est le grand principe à la base de l'amour courtois : l'amour et la vie de ménage sont incompatibles. Pour être plus
sûr d'éviter l'écueil, Shakespeare a fait mourir Romeo et Juliette et Chrétien de Troyes a fait de même pour Tristan et Yseult. L'idéal de l'amour littéraire reste la Béatrice de Dante, à jamais
poétique, toujours à l'abri des contraintes charnelles.