"Gravedigger" de Joseph Hansen

Publié le par Michel Sender

Joseph Hansen Gravedigger


« La dernière fois qu’il y avait prêté attention, il n’y avait rien d’autre ici que des collines arides dominant une plage déserte. Il se rendit brusquement compte de tout ce temps qui avait passé – pas quelques années, mais des dizaines. Maintenant, de luxueux ranches, briques sinistres et toits bas, s’étendaient sur d’immenses terrains derrière des clôtures blanches. Les arbres avaient grandi, c’étaient surtout des eucalyptus duveteux, mais çà et là se dressait un cyprès tordu par le vent. Les rues suivaient les courbes des collines. De temps à autre, il apercevait brièvement l’eau turquoise de piscines où personne ne se baignait parce que le vent soufflant de la mer était glacial, malgré un soleil radieux dans le ciel bleu. »

Ainsi débute, comme souvent, sous le soleil de la Californie, une des enquêtes de Dave Brandstetter, agent d’une compagnie d’assurance qui, avant de verser une prime, veut vérifier la véracité des faits le justifiant.

Or, en l’occurrence, Dave et sa compagnie sont bien embêtés : la mort de la personne ayant souscrit une assurance vie n’est pas avérée (le corps n’a pas été retrouvé ou, plutôt, il y a des doutes sur le cadavre décomposé que la police a déterré) et, de plus, le bénéficiaire de l’assurance a lui aussi disparu !

Joseph Hansen (1923-2004), écrivain américain, a créé le personnage récurrent de Dave Brandstetter dans Fadeout, un roman paru en 1970 chez Harper & Row à New York et traduit l’année suivante en français dans la « Série noire », sous le titre imagé de Un blond évaporé car l’autre particularité de ce personnage est d’être ouvertement homosexuel, ce qui, dans les années soixante-dix, était relativement nouveau… (Depuis Les Chroniques de San Francisco d’Armistead Maupin ou la série télévisée Six Feet Under sont passées par là.)

Surtout que Joseph Hansen, dans une facture très classique de romans policiers traditionnels, écrits cependant avec toujours une précision réaliste des événements et des lieux et dans un style très élégant, mêle à ses investigations des descriptions détaillées de la vie personnelle et privée de son enquêteur où l’homosexualité est évidemment présente, mais de façon naturelle et revendiquée librement.

Pascal Loubet qui, en 2000 et 2001, avait, pour les éditions du Masque, d’abord retraduit Fadeout sous le titre Le Poids du monde puis traduit À fleur de peau (Skinflick, Holt, Rinehart & Winston, New York, 1979), nous donne aujourd’hui – chez Rivages/Noir qui a entrepris semble-t-il de publier toute l’œuvre de Joseph Hansen – une nouvelle traduction de Gravedigger [*], roman de 1982 rebaptisé Petit Papa pourri en 1983 dans la « Série noire ».

De plus, dans Gravedigger (littéralement « Creuseur de tombe » ou « Fossoyeur »), roman très noir et inquiétant, l’homosexualité (honteuse chez l’un des protagonistes qui par ailleurs harcèle Dave Brandstetter et doit épouser sa meilleure amie !) prend une grande place, inhabituelle, dans l’enquête elle-même et est exposée avec beaucoup d’intelligence et de tact.

En effet, c’est la sensibilité « particulière » de Dave Brandstetter qui va lui permettre en même temps de découvrir une histoire à la Brokeback Mountain à l’intérieur des recherches qu’il poursuit, ce qui reste très symbolique du ton de Joseph Hansen qui, authentique écrivain et également militant, dans ses romans, voulait avant tout s’exprimer pour tous les homosexuels obligés de se cacher dans leur vie quotidienne…

Oui, Gravedigger est un très beau livre, impliqué dans son époque, et qui donne une bonne idée du travail remarquable et de la qualité d’un auteur comme Joseph Hansen – à ne pas oublier !

Michel Sender.

[*] Gravedigger (Gravedigger, Holt, Rinehart & Winston, New York, 1982) de Joseph Hansen, traduit par Pascal Loubet, collection « Rivages/Noir », éditions Payot & Rivages, Paris, novembre 2009 ; 240 pages, 8,50 €. www.payot-rivages.fr

Publié dans Littérature

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Francesca 30/12/2009 09:37


Bien d'accord : c'est tous les jours qu'il faut souhaiter le meilleur à ceux qu'on aime, sans vouloir aucun mal aux autres !
Amitiés, cher Michel.


Francesca 29/12/2009 11:08


Je n'ai pas souhaité son anniversaire à Tipanda, non par indifférene car j'aime beaucoup son blog, mais parce que...je n'aime pas (plus) qu'on me souhaite le mien. Je dis généralement aux obstinés
qui s'y hasardent (ex : mes enfants) qu"il n'y pas d equoi pavoiser" !


Michel Sender 30/12/2009 05:54



Tout à fait. Moi de même. J'ai fait ce clin d'oeil à Tipanda après la lecture de sa dernière chronique sur son blog. Bien amicalement, Michel Sender. (J'en profite pour signaler que je crains
absolument les voeux de nouvel an ! Ma formule sera donc : Chère Francesca, bien amicalement, toujours, au seuil de 2010. Je pense bien à vous.)



tipanda 28/12/2009 10:29


Je ne connais pas non plus. Il nous faudrait, comme les chats, neuf vies pour lire tout ce qui le mériterait.
Bien affectueusement.


Michel Sender 29/12/2009 06:49


Eternel problème. Au fait, avec retard, bon anniversaire, chère Tipanda (je lis ton blog). Gros bisous, merci et bien amicalement, Michel Sender.


Francesca 28/12/2009 09:45


Encore un auteur que je ne connais pas et dont tu me donnes envie, surtout si l'écriture es tbelle ! Merci Michel


Michel Sender 29/12/2009 06:46



J'ai découvert Joseph Hansen il y a quatre-cinq ans en achetant les deux livres des éditions de Masque bradés sous plastique quelques euros dans un supermarché ! Et quand j'ai aperçu
Gravedigger récemment dans une librairie, j'ai eu envie de le lire... Voilà mes coulisses, bien amicalement, Michel Sender.