"Je me souviens..." de Boris Cyrulnik

Publié le par Michel Sender




« Le tempérament, c’est l’apprentissage d’un style de relation. C’est une sorte de “goût”, c’est ce “goût du monde” que l’on acquiert très tôt dans la vie. Il y a des gens qui goûtent le monde de manière amère, d’autres qui le goûtent de manière sucrée, il y a des goûteurs gais et des goûteurs tristes, des goûteurs accueillants et des goûteurs hostiles. Et ce “goût du monde” explique nos réactions souriantes et méfiantes, intellectuelles ou désespérées. Ce goût du monde est une empreinte très précoce. »

On connaît les livres de Boris Cyrulnik et sa façon particulière de parler des traumatismes et de ce qu’il appelle « la résilience », les stratagèmes qui permettent de dépasser les pires situations.

Mais, dans ce petit livre, Je me souviens… [*], écrit de façon orale, « à chaud », puis développé, Boris Cyrulnik, exceptionnellement, nous parle de lui, des événements dramatiques qu’il a subis enfant et, encore une fois, sans aucun pathos mais avec une lucidité éclairante, nous donne une magnifique leçon de vie…

Dans sa présentation (« L’exil de l’enfance »), Philippe Brenot rappelle que Boris Cyrulnik est né à Bordeaux en 1937, de parents juifs polonais qu’il n’a pratiquement pas connus, placé pour le protéger par sa mère à l’Assistance publique, élevé par des familles d’accueil, caché puis arrêté – et sauvé in extremis d’une mort certaine.

Boris Cyrulnik revient dans la région bordelaise, notamment à Pondaurat, dans une ferme où il a vécu plus d’un an pendant la guerre, et il se souvient, progressivement, de quelques images, de ses sensations, des animaux…

Il évoque « l’émotion enfouie » puis, plus précisément, avec une transformation dans sa tête d’une partie de la réalité, son arrestation, le regroupement à la synagogue et, par un instinct qu’il n’explique pas, une espèce de « goût du monde » précoce, un esprit « rebelle », son évasion qui l’a sauvé !

Ce petit livre est admirable – un livre de vie exceptionnel !

Michel Sender.

[*] Je me souviens… de Boris Cyrulnik, présentation de Philippe Brenot, collection « Textes essentiels », L’Esprit du Temps, Le Bouscat, mars 2009 ; 96 pages, 9,50 € (diffusion PUF). www.lespritdutemps.com

Publié dans Littérature

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tipanda 05/12/2009 10:25


Merveilleux Boris ! La résilience a sauvé des gens avec plus de certitude que tous les anti-dépresseurs.