"L'Avenir d'une illusion" de Sigmund Freud

Publié le par Michel Sender




« Un psychologue, qui ne se leurre pas sur la difficulté qu’il y a à s’y retrouver dans ce monde, s’efforce de juger le développement de l’humanité d’après le petit peu de connaissance qu’il s’est acquis par l’étude des processus animiques chez l’individu, pendant son développement de l’enfant à l’adulte. À lui s’impose alors la conception que la religion est comparable à une névrose d’enfance, et il est suffisamment optimiste pour supposer que l’humanité surmontera cette phase névrotique, comme tant d’enfants dépassent, en grandissant, leur névrose qui est similaire. »


Vous connaissez ma curiosité. Je ne pouvais pas manquer de jeter un œil aux volumes, diffusés en kiosques, de la collection « Les livres qui ont changé le monde » réalisée par Le Monde et les éditions Flammarion.


J’ai acheté bien sûr le premier numéro, L’Origine des espèces de Charles Darwin, mais je me suis aperçu très vite qu’il valait mieux avoir l’édition Garnier-Flammarion dont il n’était qu’un succédané partiel.


De même, la deuxième livraison, Comment je vois le monde d’Albert Einstein, très passionnant recueil d’articles, n’apportait guère plus que le même titre en « Champs-Flammarion » chez les libraires !


J’ai malgré tout craqué, avec retard (il était resté invendu à côté de Réflexions sur l’esclavage des Nègres de Condorcet), pour L’Avenir d’une illusion [*] de Sigmund Freud.


En effet, pour moi, L’Avenir d’une illusion (Die Zukunft einer Illusion, 1927), avec Malaise dans la civilisation (Das Unbehagen in der Kultur, 1929), reste – bien sûr après les grands classiques sur les rêves ou la sexualité, la psychopathologie de la vie quotidienne, etc. – un des textes les plus agréables de Sigmund Freud (1856-1939), qui le rapprochent de nous, qui expriment ses pensées en quelque sorte plus personnelles, voire philosophiques.


Et qui a pénétré dans ce domaine de l’œuvre de Freud la et le comprend mieux – en perd beaucoup d’illusions mais en gagne d’incomparables développements pour l’intelligence humaine !


J’étais habitué à la traduction historique de Marie Bonaparte et, depuis, semble-t-il, aux PUF, six personnes s’y sont mises pour retraduire L’Avenir d’une illusion (disponible en « Quadrige ») : les mêmes qui ont retraduit Malaise dans la civilisation en Le Malaise dans la culture, alors que Marie Bonaparte, qui travaillait avec Freud de son vivant, préférait de beaucoup traduire Kultur par civilisation (« ce dernier [mot] rendant mieux pour le public français la notion que Freud entend par culture », précisait-elle dans une note) ?


Bref, passons. Et, presque effrayé de son audace et par « l’impertinence » (sic) du contenu de ce livre, le volume du Monde, en toute objectivité, se sent obligé de donner la parole (après des extraits favorables de Stefan Zweig et Jules Romains) à l’opposition, notamment Charles Blondel et le Karl Popper de Conjectures et réfutations !


Mais, fort heureusement, le texte, intégral, est là – et on peut se passer des accompagnements… (Je me demande ce qu’ils vont nous faire avec le Manifeste du Parti communiste de Marx et Engels !)


Michel Sender.


[*] L’avenir d’une illusion de Sigmund Freud, traduit de l’allemand par Anne Balseinte, Jean-Gilbert Delarbre et Daniel Hartmann, avec la collaboration de Janine Altounian, André Bourguignon et Pierre Cotet [Presses universitaires de France, 1995], note de l’éditeur et dossier par Raymond Bonhomme, Le Monde-Flammarion, Paris, octobre 2009 ; 192 pages, 4,90 €.

 

 

 

J’ai acheté il y a quelque temps la nouvelle édition de l’Histoire de la psychanalyse en France d’Élisabeth Roudinesco dans « La Pochothèque » : faites-moi penser de vous en reparler !

Publié dans Littérature

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tipanda 05/11/2009 09:45


Freud est comme la pomme de terre ou le cochon ; il peut servir à tout. Nombreux sont les petits malins qui ont tenté de le plier à leurs thèses. Tu as bien fait de te montrer circonspect.