L'épigramme sur Staline d'Ossip Mandelstam

Publié le par Michel Sender

Mandelstam Stalin Epigram

Nous vivons sourds à la terre sous nos pieds,

À dix pas personne ne discerne nos paroles.

 

Mais lors de la moindre conversation,

C’est du montagnard du Kremlin qu’il s’agit.

 

Ses doigts sont gras comme des vers,

Des mots de plomb tombent de ses lèvres.

 

Sa moustache de cafard nargue,

Et la peau de ses bottes luit.

 

Autour, une cohue de chefs aux cous de poulet,

Les sous-hommes zélés dont il joue.

 

Ils hennissent, miaulent, gémissent,

Lui seul tempête et désigne.

 

Comme des fers à cheval, il forge ses décrets,

Qu’il jette à la tête, à l’œil, à l’aine.

 

Chaque mise à mort est une fête,

Et vaste est l’appétit de l’Ossète.

 

Ossip Mandelstam (1891-1938)

(Écrit en novembre 1933)

[Je reprends cette traduction de l’Épigramme contre Staline – connue aussi comme le Poème sur le Montagnard du Kremlin – du livre de Robert Littell, L’Hirondelle avant l’orage (The Stalin Epigram, 2009), réédité en « Points » : voir plus haut. La photographie du texte russe vient de Wikipedia. M. S.]

 

 

Publié dans Littérature

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tipanda 23/04/2010 21:14


Tableau sans indulgence du Petit Père du Peuple ; ça défoule mais il est probablement plus instructif de chercher pourquoi le peuple a "marché" que de se répandre en lamentations et malédictions.