L'honneur du "Poulpe"

Publié le par Michel Sender

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Baleine : Droit de retrait

Les éditions Baleine sont nées en 1995 avec la création du personnage du « Poulpe » défini comme un enquêteur « libertaire et antifasciste ». Ce personnage est sorti des livres pour devenir un véritable protagoniste des luttes contre le Front National, pour les sans-droits, les sans-papiers. Quinze ans plus tard, par la seule volonté de son directeur et contre l’avis de ses auteurs, les éditions Baleine ont décidé de mettre à leur catalogue un livre de 1949, Faut toutes les buter, dont l’oubli avait sanctionné le racisme et la médiocrité.

Il est signé de François Brigneau, l’un des créateurs du Front National, également auteur de Si Mussolini m’était conté, de Xavier Vallat et la Question juive, et d’une apologie au titre faussement interrogatif : Mais qui est donc le professeur Faurisson ?

Compte tenu de son histoire, cet ex-Milicien souvent condamné pour antisémitisme n’avait pas sa place aux éditions Baleine, compte également tenu de leur histoire.

En conséquence, les auteurs soussignés demandent le retrait immédiat de leur nom et de leurs œuvres du catalogue des éditions Baleine.

Premiers signataires : Didier Daeninckx, Patrick Raynal, Roger Martin, Sylvie Rouch, Lionel Makowski, Gérard Streiff, Maud Tabachnik, Chantal Montellier, Gilles Vidal, Sébastien Doubinsky, Romain Slocombe, Sophie Kepes, Nila Kazar, Francis Mizio, Hervé Le Tellier, Robert Deleuse, Mouloud Akkouche, Roger Facon, Claude Mesplède, Thierry Crifo, François Braud, Pierre Cherruau, Lalie Walker, Noël Simsolo, Catherine Fradier, Martin Winckler, Xavier Mauméjean, Olivier Thiébaut, François Joly, Johan Heliot. Guillaume Cherel, Stéphanie Benson, Jean-Christophe Pinpin, Antoine Blocier, Alain Bellet, Renata Ada, Jocelyne Sauvard, Grégoire Forbin, Jean-Jacques Reboux, Jacques Albina, Jacques Puisais, Michel Boujut.

Apprenant que les éditions Baleine allaient publier un livre de François Brigneau, Didier Daeninckx a été à l’origine de cette pétition que je reprends de la Revue des ressources.

Devant un choix qu’ils ne peuvent accepter, les signataires demandent à exercer un « droit de retrait », une « clause de conscience » : c’est un constat d’échec, car François Brigneau n’aurait jamais dû figurer au catalogue de l’éditeur du « Poulpe », et en même temps la dernière possibilité de résistance civique face à une situation révoltante et imposée !

En effet, comment justifier que la « charte » du « Poulpe », collection emblématique des éditions Baleine, soit compatible avec des positions d’extrême droite ?

Et François Brigneau n’est pas un inconnu qui se serait « fourvoyé » un temps avec la droite extrême : c’est un militant actif et notoire de cette mouvance, ex-milicien, éditorialiste à Minute, un des cofondateurs du Front National et ouvertement ami de Robert Faurisson qu’il appelle « (C)herr professeur » dans un des nombreux jeux de mots bien sentis dans ce petit monde de connivences ! (Pour les dernières Européennes, François Brigneau s’est dit tenté par le vote Dieudonné !)

François Brigneau, quatre-vingt-dix ans, ne renie aucune de ses convictions (on ne lui demande pas d’ailleurs), il persiste et signe, et continue de s’exprimer où il peut…

Exhumer aujourd’hui un des romans argotiques qu’il a publié sous pseudonyme dans l’immédiat après-guerre avec ses amis Antoine Blondin ou Jacques Laurent peut peut-être intéresser certains, mais en tout cas n’est pas concevable chez un éditeur créé sur des fondations antifascistes.

Ou alors, si les éditions Baleine veulent rééditer des polars de Gérard de Villiers ou d’autres, elles changent de nature et de destination… et les auteurs de son catalogue ont le droit (et le devoir) de dire NON !

C’est cela qu’expriment les signataires de cette pétition – et ils ont bien raison !

Il n’y a là aucune censure, mais au contraire un engagement moral qui mérite tout notre soutien.

Michel Sender.

Publié dans Littérature

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Francesca 04/03/2010 13:14


Hyper informée maintenant, je te dis BRAVO pour ta réponse à ce Mr Platet tout en n'arrivnt pas à comprendre sa démarche !J'hésite tout de même à penser qu'il a voulu "faire l'ouverture" sur de
nouveaux lecteurs dont les options seraient plus qu'étrangères à l'ensemble des collections... mais comme le fric mène le monde, c'est la seule expliczqtion que je trouve à cet étrange revirement.


tipanda 03/03/2010 23:24


Il n'est pas ici question de censure et encore moins de qualité littéraire. Il y a seulement des individus équipés d'une mémoire et qui refusent de plonger dans l'indignité. C'est tout et c'est
bien suffisant pour justifier leur prise de position.


jfplatet 03/03/2010 23:13


Les éditions Baleine, dont je m'occupe depuis 2005, et que j'ai rachetées au groupe La Martinière en 2008, ont publié plus de 450 titres, dans des collections diverses et variées, entre autres, et
pour ce qui est encore d'actualité :
Le Poulpe, collection créée en 1995 par JB Pouy et dirigée aujourd'hui par Stéfanie Delestré, qui -en dépit des attaques et changements de propriétaires, compte maintenant plus de 190 titres, sans
compter les copies, imitations et adaptations. Il en paraîtra huit nouveaux inédits en 2010, faisant appel aux meilleurs auteurs du moment et à leur interprétation personnelle du personnage et de
la bible d'origine : Maïté Bernard, Marin Ledun, J.P. Jody, Sébastien Gendron, Sergueï Dounovetz, Antoine Chainas... Ceci pour 2010.

Baleine Noire, « collection-de-livres-qui-ne-se-vendent-pas », que je dirige et qui réunit dans des livres de poche de luxe, une littérature punk, gothique, gore ou noire , bizarreries, outrances,
exercices de style, avec des auteurs français ou traduits, morts ou vivants, célèbres ou pas. Faut toutes les buter ! est publié dans Baleine Noire. Dans cette collection, constituée comme un
cabinet de curiosités, j'ai publié, d'une part des auteurs contemporains de textes difficiles et littéraires que le "politiquement correct" et la frilosité éditoriale ambiante avaient amené dans
cette collection unique (Serge Scotto, Pascal Françaix, Nada), et j'ai réédité, d'autre part, des textes anciens dont le caractère singulier me semblait cohérent avec les modernes. BR Bruss, Th. de
Quincey, M. Agapit, Dann & Dozois...
Son objet est bien la littérature. Pas la politique. La démarche est esthétique et artistique. Les couvertures sont toujours illustrées de photographies de cires anatomiques du Docteur Spitzner,
qui rappellent aux éventuels chalands que ce n'est pas ...pour les enfants.
On m'accuse de vouloir créer du buzz : Malheur à celui par qui le scandale arrive ! Sérieusement, j'aurais lancé une telle campagne pour un livre dont le tirage est de 2600 exemplaires, et qui sera
demain diffusé à... 800 ex. ? Et j'aurais envisagé avec sérénité la perspective d'être traité de « facho », pour un roman populaire de 1947 ?

Bien sûr que Baleine n'est pas un éditeur militant : le Poulpe peut passer pour un militant, et encore... Ce n'est ni un vengeur, ni le représentant d'une loi ou d'une morale, c'est un enquêteur un
peu plus libertaire que d'habitude, c'est surtout un témoin. C'est écrit sur les couvertures, depuis quinze ans. Mais les éditions Baleine, non : c'est une entreprise d'édition qui se targue de
publier des romans divers et variés. On n'est pas obligé de les lire, ni de les acheter, ni de les aimer.

Pourquoi serait-il -comme déjà remarqué- scandaleux de côtoyer M. Brigneau chez Baleine, et pas chez Gallimard ou Albin Michel, où il fut édité aussi ?

Je maintiens que c'est un texte drôle, émouvant, divertissant, et historique. C'est un roman d'atmosphère. Bien sûr qu'il est grossier, sexiste, raciste et violent : le narrateur est un caïd
assassin qui n'a connu que la violence et les armes. Il a été publié en 1947. Et le dernier Ellroy, il ne contient pas lui aussi quelques expressions aussi vulgaires que racistes ?

Pourquoi lancer cette campagne une semaine avant la mise en vente, et avec une stratégie aussi maladroite : elle profite à M. Brigneau et nuit au poulpe ? N'étais-ce pas l'effet inverse qui était
escompté ?
Je regrette que des amis, pris en otage par cette polémique dérisoire, se trouvent mis en porte-à-faux. Qu'il sache que la porte de Baleine leur sera toujours ouverte. Et que leurs textes, eux, je
continuerai à les défendre. Comme Patrick Raynal quand il a publié son ami ADG, parce qu'il jugeait que c'étaient des bons livres, je publierai M. Brigneau, je continuerai à publier des Poulpes, je
continuerai à publier des romans horribles dans Baleine Noire, je défendrai les titres parus chez Baleine, tous les titres sans exception :

A titre personnel, je n'aime pas les fachos. A titre professionnel, je déteste les censeurs.


Michel Sender 04/03/2010 06:05



Cher Monsieur Platet que je ne connais pas, merci de m'adresser votre texte que vous envoyez d'ailleurs un peu partout. Cela permettra à mes lecteurs d'en juger.
Mais sachez que votre "défense" ne m'impressionne pas.
Si vous n'aimez pas les fachos - alors ne les publiez pas !
Autrement vous devenez un "gogo" au service de l'extrême droite qui d'ailleurs vous remercie (voir la réaction de Bruno Gollmisch) de votre excellent goût littéraire et de votre courage, etc.
Si vous n'aimez pas les racistes, ne les publiez pas !
Faut-il que vous soyez aveuglé par une culture célinienne mal digérée et l'absence de tout sens critique pour apprécier une littérature de caniveau.
Quand j'étais jeune, mon père lisait "Le Hérisson", une feuille satirique de très bas étage mais qui avait beaucoup de succès dans les classes populaires. Personnellement, si j'ai lu cette
presse, si je connais par curiosité aussi ces polars ou les pornos que publiaient dans les années cinquante des écrivains de droite, je ne pense pas qu'il soit utile de les rééditer, en tout cas
pas chez Baleine !
Je ne vous dis pas bravo.
Michel Sender.



tipanda 03/03/2010 15:21


Il paraît que les grands esprits se rencontrent...
Après avoir juste signalé l'affaire dans un petit billet de blog, je viens d'éditer, de mon côté, l'article de notre cher Didier. Deux blogs de plus à relayer l'opération ; espérons un maximum
d'efficacité.


Michel Sender 04/03/2010 05:45


Chère Tipanda, tout à fait. C'est en lisant ton blog que j'ai appris la pétition des auteurs du "Poulpe". Bien amicalement, Michel Sender.


Francesca 03/03/2010 11:06


Depuis le dernier article à la publication duquel je n'avais aucune idée de qui était le triste sire en question, que je n'avais jamais lu - c'est tant mieux!, je me suis renseignée et là, je
comprends parfaitement que les autres auteurs ne puissent accepter un pareil voisinage ! Merci Michel.


Michel Sender 04/03/2010 05:40



Chère Francesca, les publicistes d'extrême droite existent. Il y a toute une tradition du polar réactionnaire et raciste à laquelle on ne pense pas parce qu'on la connaît peu et qu'on
ne la lit pas. On oublie que la littérature n'est pas "neutre"... Sans rendre tout "politique", il ne faut pas ignorer cette réalité. Bien amicalement, Michel Sender.