"La Blessure et la Soif" de Laurence Plazenet

Publié le par Michel Sender

Blessure et la Soif (La) de Laurence Plazenet


Pour TIPANDA.

« Il ne sait plus les jours. Il ne sait plus quand c’est Noël, Épiphanie, Carême ou Présentation de la Vierge. Il ignore si, dans ces frimas, ce sont les Rameaux qu’on fête, s’il doit y pleurer la mort du Christ. Il est dans une nuit entière, plus obscure que la nuit des jours. Il balbutie des prières à un Dieu mort et ressuscité, dont il honorait chaque instant de l’existence et dont il ignore aujourd’hui s’il est dans son enfance ou à son chemin de croix. »

Une actualité chasse l’autre. Déjà, à lire par exemple le dernier Magazine littéraire, plein de nouveaux livres sont annoncés en janvier 2010, avant les parutions du printemps pour le Salon du Livre, puis celles avant l’été puis de l’automne, etc. (Sic transit gloria mundi.)

Parmi les livres de l’automne dernier (avec un dépôt légal en juin et une sortie fin août 2009) figurait La Blessure et la Soif [*] (avec une superbe bande rouge titrée en majuscules « De Pékin à Port-Royal »), un roman historique époustouflant de Laurence Plazenet (on parle déjà, à son sujet, d’une nouvelle Marguerite Yourcenar !) paru dans la célèbre collection blanche des éditions Gallimard.

Laurence Plazenet, jeune universitaire française (elle a publié un premier roman, L’Amour seul, en 2005, chez Albin Michel) s’est progressivement spécialisée dans le dix-septième siècle (je connaissais personnellement son édition du Dom Carlos de Saint-Réal dans les « Classiques » du Livre de Poche) et a composé un roman-roman à la fois baroque et classique, dense et fourni, qui fait penser à la prose du Grand Siècle.

Ce genre-là, aussi, a son public (je pense entre autres à Françoise Chandernagor) et je suppose (quelques articles dans la presse et l’émission d’Emmanuel Laurentin sur France Culture m’ont mis la puce à l’oreille) que La Blessure et la Soif fait son chemin (de l’amour fou torride corseté par une rigueur janséniste !) chez les lecteurs et les lectrices – ce qui sera toujours mieux que Christian Jacq ou Max Gallo !

Eh oui, l’ « actualité » des livres (déjà Le Lièvre de Patagonie de Claude Lanzmann est supplanté par Marie N’Diaye) suit son chemin inexorable et réclame, toujours et encore, du nouveau !

Or, une des évolutions (ce n’est pas nouveau mais cela peut éventuellement avoir une influence) provoquées par la multiplication des blogs parlant de livres sur la toile, sans forcément souci de l’actualité, pourrait être une demande croissante (ou alors ce seront les entrepôts magasiniers des entreprises de vente par Internet qui prendront le dessus !) de fonds de librairie en permanence (en plus des livres de poche), alors que les politiques modernes ont plutôt consisté à privilégier (un peu comme les collections de vêtements se succèdent avec les soldes et tout ce qui s’ensuit) systématiquement les nouveautés (problèmes évidents de stockage).

Voilà un vaste problème, sans doute récurrent et insoluble – et loin de moi toute notion de « décroissance » en ce domaine – mais il me semble qu’avec les blogs les lecteurs et les lectrices (cela a toujours été d’une certaine façon avec les courbes de vente, les éditions en clubs ou en poche, la multiplication des vide-greniers) imposent un autre rythme, le temps au temps

Michel Sender.

[*] La Blessure et la Soif de Laurence Plazenet, éditions Gallimard, Paris, août 2009 ; 564 pages, 23,50 €. www.gallimard.fr

Publié dans Littérature

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Dominique 27/02/2010 17:00


Bon voilà j'ai commencé ma balade chez vous pensant y rester 5 minutes et j'enfile billet après billet car tout m'intéresse
Ce livre est effectivement passé inaperçu et je vais le chercher en bibliothèque car la période m'intéresse, j'ai fait une chronique il y a quelques semaines sur " le désert et la grâce" un
excellent roman sur le siècle de lutte entre la royauté et les jansénistes excellent


tipanda 03/01/2010 09:58


Pourquoi pas ? Ce sera un vrai changement. Autant je suis à l'aise avec les gens et les mentalités du douzième siècle, autant mes lacunes (volontaires) concernant l'époque classique sont de vrais
abîmes. Changer pour ne pas mourir idiote, faut voir ...