La chute de la maison Woerth

Publié le par Michel Sender

Nouvel Observateur 2391

 

« Les vacances, les diversions comme le tout-sécuritaire n’y changeront rien : si l’affaire Bettencourt continue de fasciner, c’est qu’elle est une véritable coupe géologique à travers la société française, ou ce qu’en dessin industriel on appelle un “écorché”, c’est-à-dire un dessin qui dévoile les organes vitaux de la machinerie sociale, ordinairement cachés. Avec au centre le rôle essentiel, obsessionnel et carrément obscène de ce fluide social universel, l’argent. »

C’est Jacques Julliard qui ouvre ainsi, dans le dernier numéro du Nouvel Observateur, un petit dossier titré « Les riches, le pouvoir et la droite » [*].

Oui, Jacques Julliard (« l’affaire Bettencourt, c’est notre collier de la reine ! » va-t-il jusqu’à conclure son article) et Le Nouvel Observateur (le « gouvernement favorise nettement la France des affaires et de l’argent » nous dit le chapeau) sont vraiment remontés contre Nicolas Sarkozy et (re)découvrent la lutte des classes et des accents révolutionnaires !

Jean-Noël Jeanneney évoque même, dans un entretien avec Sylvain Courage (« L’argent caché ») les slogans historiques des « 200 familles », du Comité des Forges… et des grands scandales financiers.

Car, dans un autre article remarquable, Ariane Chemin nous brosse rapidement un portrait de groupe de « La bande du Bristol », un « Premier Cercle » moins connu que le club du Fouquet’s mais « qui rassemble les 500 plus gros donateurs officiels d’une UMP qui en compte 50 000 » et où se retrouvent bien sûr de nombreux patrons.

L’affaire Bettencourt a montré également combien la fiscalité est inégalitaire (Sophie Fay évoque de son côté « La niche des ultrariches ») et que, même sans le « bouclier fiscal », « en pourcentage de leurs revenus, les plus grosses fortunes ne paient pas plus d’impôts que les classes moyennes ».

On ne s’étonne pas que le « pauvre » Éric Woerth (Ariane Chemin trace, dans le corps du numéro, « L’autre visage de “Monsieur Parfait” ») victime d’un abominable lynchage médiatique, soit applaudi à l’Université d’été du MEDEF.

On a bien compris, via HEC et Andersen Consulting (entreprise mondiale démantelée suite au scandale d’Enron aux États-Unis), qu’Éric Woerth a toujours été – comme d’ailleurs son patron actuel – un valet du capitalisme et de ses entrepreneurs, avec aussi l’amour et la vénération des grandes familles, de l’argent et de la richesse.

On ne s’étonne pas que ce monsieur veuille démanteler les services publics et aggraver la situation de millions de salariés avec une inique « réforme » des retraites et son habituel mépris des organisations syndicales.

Face à cela, il ne reste plus que la révolte et les manifestations – et, en tout cas, le « petit peuple » ne pleurera pas la chute de la maison Woerth qui, de toute façon (avant celle de son maître), ne tardera pas à venir !

Michel Sender.

[*] Le Nouvel Observateur n° 2391 du 2 au 8 septembre 2010 ; 140 pages, 3,50 €. www.nouvelobs.com

 

Publié dans Littérature

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tipanda 04/09/2010 21:33


Monter contre soi les foules antiracistes et noircir l'image de la France auprès des pays démocratiques et des églises, en un mot : se couvrir d'opprobre ; rien que cela pour faire parler d'autre
chose que de l'affaire Woerth, c'est échanger un monument historique contre une pissotière.