"La Folie des anges", un nouvel inédit d'Henri Troyat

Publié le par Michel Sender




Au printemps dernier, j’avais été intrigué et intéressé (j’en avais parlé sur feu Le Messager des livres) par un « inédit » d’Henri Troyat, Le Pas du Juge, paru chez De Fallois et qui évoquait, sous une forme romancée mais à base d’une bonne documentation historique, le sort des frères Chénier pendant la Révolution française. (Le livre a dû rencontrer son public car il vient d’être réédité chez Feryane, éditeur de livres en gros caractères.)

Et j’ai acheté, dès sa sortie, un nouvel « inédit », La Folie des anges [*], toujours chez De Fallois, un court roman qui, cette fois-ci (mais Henri Troyat alternait souvent lui-même biographies historiques et romans contemporains), évoque la vieillesse et la dépendance qui progressivement devient le lot des personnes âgées.

Henri Troyat a choisi comme personnage principal une vieille actrice assez fantasque chapeautée par une fille relativement autoritaire (occasion de développer les relations mère-fille souvent conflictuelles) et qui lui impose la présence auprès d’elle d’une femme de ménage-gardienne-infirmière (on dit, je crois, maintenant, « une auxiliaire de vie »).

Cette femme âgée s’accommodera finalement de cette présence imposée mais tout va basculer quand elle voudra adopter une petite chatte trouvée dans son immeuble et que sa fille s’y opposera fermement, la forçant à la rendre à ses véritables propriétaires…

Henri Troyat appelle Folie des anges (une référence au Livre de Job, IV, 18, dont je ne résiste pas à en citer un passage plus long que l’auteur : « Si Dieu n’a pas confiance en ses serviteurs, s’il trouve de la folie chez ses anges, combien plus chez ceux qui habitent des maisons d’argile, qui tirent leur origine de la poussière et qui peuvent être écrasés comme un vermisseau ! Du matin au soir ils sont brisés, ils périssent pour toujours et nul n’y prend garde ; le fil de leur vie est coupé, ils meurent et ils n’ont pas acquis la sagesse ») ce drame de la vieillesse, dont, à partir de petits faits anodins, il trace l’implacable réalité.

Un article de Marianne Payot dans L’Express (sans rien avoir demandé, sans doute parce que je suis abonné à Lire, je le reçois en ce moment gratuitement chez moi) nous confirme qu’Henri Troyat (1911-2007) a laissé de nombreux inédits, gérés par sa fille adoptive Michèle, « dite Minouche ». « Flammarion et Grasset, ses éditeurs traditionnels, n’étaient pas très chaud », dit-elle, expliquant ainsi pourquoi « en France, c’est Bernard de Fallois qui publie ses romans posthumes » [**].

Et de nous annoncer « deux autres romans inédits d’ici à 2010 », un ouvrage sur « les mères de Balzac, de Rimbaud et de Flaubert » – ainsi qu’une biographie de Gontcharov (l’immortel auteur d’Oblomov !), pour 2012 !

Effectivement, comme l’écrit encore Marianne Payot en conclusion de son article de L’Express : « On n’a pas fini de lire Troyat… »

Michel Sender.

[*] La Folie des anges d’Henri Troyat de l’Académie française, éditions de Fallois, Paris, novembre 2009 ; 144 pages, 17,50 €.

[**] « Immortel Troyat » de Marianne Payot, L’Express, Paris, 19 novembre 2009, page 108.

Publié dans Littérature

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Nouchkaya 22/11/2009 03:36


J'ai lu Troyat il y a bien longtemps!
je viens de lire 3 livres de Jean Teulé et je ne peux que le recommander!mais je suppose que tu connais !!! Il est génial!!! A lire absolument!!!


Michel Sender 22/11/2009 06:27



Chère Nouchkaya, je n'ai pas vu tout de suite le lien entre Henri Troyat et Jean Teulé, mais un grand merci de votre suggestion. En effet, pour moi, un seul blog ne peut pas satisfaire des idées
de lecture et c'est pourquoi les "Liens" ou les "Communautés" sont importantes. Je n'ai pas lu les livres récents de Jean Teulé (notamment Monsieur de Montespan je crois ?) mais je
relaie volontiers votre proposition. Bien amicalement, Michel Sender.