"La Gardeuse d'oies", Marlène Jobert et les frères Grimm

Publié le par Michel Sender

Gardeuse d'oies (La) Grimm Marlène JobertContes de Grimm Folio

 

Dans ma série sur les contes de Grimm (voir ce blog, à propos de Raiponce, le 28 avril dernier), je me suis penché récemment, à l’occasion d’une nouvelle parution [*] dans la collection de Marlène Jobert aux éditions Atlas, sur La Gardeuse d’oies (Die Gänsemagd) – à ne pas confondre avec La Gardeuse d’oies à la fontaine (Die Gänsehirtin am Brunnen).

Dans La Gardeuse d’oies, une jeune princesse a été promise à un prince « d’un royaume lointain ». Avant son départ pour le voyage qu’elle fera à cheval (« le cheval de la princesse s’appelait Falada et savait parler », est-il précisé) avec une servante, sa mère lui donne un mouchoir marqué de trois gouttes de son sang.

Lors du voyage, la méchante servante refuse de donner à boire à la princesse puis, à un moment de faiblesse (celui où elle perd son mouchoir dans une rivière : « ayant perdu les gouttes de sang, elle était devenue faible et impuissante », traduit explicitement Marthe Robert), elle l’oblige carrément à lui donner son cheval et ses vêtements.

À l’arrivée, la servante se fait passer pour la princesse et la véritable princesse est envoyée garder les oies avec un jeune garçon prénommé Conrad.

Dans la version originale du conte, la fausse fiancée, de crainte qu’il ne parle, obtient la mort du cheval de la princesse, mais cette dernière demande à l’équarisseur de clouer sa tête sous « une grande porte sombre par où elle devait passer matin et soir avec ses oies. »

Ainsi, chaque matin, en passant sous la porte, la princesse dit :

« O Falada, comme tu es cloué là » ;

et la tête du cheval répond :

« O jeune reine, comme tu vas là,

Si ta mère savait cela

Son cœur se briserait en éclats. »

Jusqu’au jour où, excédé de tout ce cérémonial, et aussi de ce qu’il ne peut jamais (ce qu’il souhaiterait vivement !) toucher les magnifiques cheveux d’or de la princesse, le jeune Conrad révèle la vérité au père du prince qui, informé à son tour, châtiera la servante traîtresse de façon terrible (sur sa propre suggestion, elle sera « mise entièrement nue dans un tonneau garni à l’intérieur de clous pointus : et on l’attellera de deux chevaux blancs qui la traîneront de rue en rue jusqu’à ce que mort s’ensuive ») et pourra épouser « sa vraie fiancée »

Dans l’adaptation des éditions Atlas, le cheval, orthographié « Fallada » [**], est maintenu en vie et soutient le moral de sa maîtresse, mais c’est le mouchoir, marqué des taches de sang et retrouvé par Conrad, qui parle : « La jeune fille qui garde les oies n’est pas la servante que l’on croit, la jeune fille qui garde les oies est une fille de roi ! », entonne-t-il  sans cesse.

C’est Marlène Jobert qui, sur le CD, fait toutes les voix et les éléments les plus dramatiques ont été gommés. Est-ce à cause de cela ? Ma fille n’a plus voulu réécouter le disque ni revoir le livre !

Michel Sender.

[*] La Gardeuse d’oies, raconté par Marlène Jobert d’après Grimm, illustrations graphiques de l’atelier Philippe Harchy, enregistrement et illustration sonore de Jean-François Leroux, collection « Les plus beaux contes du monde » (éditions Atlas, mmiv), éditions Glénat, Issy-les-Moulineaux, mars 2010 ; un livre de 28 pages + un CD, 5,99 €. http://atlas.glenatlivres.com

[**] Curieusement, c’est Armel Guerne, dans sa traduction des Contes chez Flammarion, qui semble à l’origine de cette orthographe. Pour cet article, j’utilise l’édition de Marthe Robert (choix, traduction et préface) dans la collection « Folio » (numéro 840, Gallimard, Paris, 1976). [Dans la traduction de Pierre Durand chez Gründ, Conrad s’appelle « Kurt ».]

 

Publié dans Littérature

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dasola 08/06/2010 08:23


Bonjour, je ne connais pas du tout ce conte des frères Grimm. A part Blanche Neige et Hansel et Gretel, je suis ignare. Si je comprends votre dernière phrase, votre fille trouve le conte trop
édulcoré avec la narration de Marlène Jobert. Je ne savais pas que cette dernière faisait dans les contes. Bonne journée.


Michel Sender 09/06/2010 10:24



Curieusement, ma fille accepte beaucoup mieux les versions complètes (je l'ai testé avec Barbe Bleue par exemple) que  certaines adaptations édulcorées. En revanche, elle écoute
volontiers d'autres contes lus par Marlène Jobert. A ma connaissance, cela fait longtemps que Marlène Jobert enregistre des contes pour les enfants (il me semble que cela a commencé avec des
fascicules et des cassettes audio mais, à l'époque, je n'étais pas papa)... Bien amicalement, Michel Sender.



Francesca 07/06/2010 23:25


Je lis cet article à mon retour de Toulouse pour le Marathon des Mots (excellent) et mes allées-venues dans la ville rose ont souvent traversé la place du Capitole :
alors cette histoire d'oies tombe à pic :-)