La mémoire compulsive de Robert Bober

Publié le par Michel Sender

Bober (Robert) On ne peut plus...

 

« Si je préfère de beaucoup l’autobus au métro – et je choisis alors une place sur la plate-forme –, c’est encore à pied que j’aime le mieux me déplacer. Sollicité à tout instant par ce qui s’offre à mon regard, j’ai du plaisir à ignorer les raccourcis pour rentrer chez moi. »

C’est d’abord en piéton de Paris que Robert Bober aborde son dernier roman, On ne peut plus dormir tranquille quand on a une fois ouvert les yeux [*] (une citation tirée de Plupart du temps de Pierre Reverdy), puis en chroniqueur des années soixante et de l’après-guerre par des retours en arrière méthodiques et compulsifs.

Tout débute par la découverte d’un café servant pour une scène du Jules et Jim de François Truffaut dont Robert Bober était l’assistant, jusqu’aux lettres d’une tante Esther vivant aux États-Unis et à un voyage en Pologne…

Mais en fait Robert Bober n’est qu’un des personnages secondaires de son livre puisqu’il laisse la parole à un certain Bernard Appelbaum, né à Paris en 1940 et qui évoque ses deux pères affectifs, le premier (son père biologique, dont il ne se souvient pas) disparu en 1942 quelques jours après la rafle du Vel’ d’Hiv, et le deuxième (second époux de sa mère), un ami d’enfance de ses parents, mort en 1949 au large des Açores dans l’accident d’avion de Marcel Cerdan. (« Ainsi, écrit-il, je ne me souvenais pas de mon père, mais je me souvenais du père de mon frère, qui, lui, ne s’en souvenait pas. »)

La nostalgie bien sûr entoure ces souvenirs, de même que les visites aux Puces de Saint-Ouen, la lecture des vieux journaux, le visionnage de films (La Ronde ou Madame de…) de Max Ophuls, la fréquentation des cafés avec Robert Giraud, les rues de Belleville, etc.

On ne peut plus dormir tranquille quand on a une fois ouvert les yeux reste donc une réflexion sur le passé et l’intemporel (dans le sens de Vladimir Jankélévitch qui disait que « si la vie est éphémère, le fait d’avoir vécu une vie éphémère est un fait éternel ») où Robert Bober distille pour nous, au milieu des regrets et des douleurs, des instants de bonheur paradoxal !

Michel Sender.

[*] On ne peut plus dormir tranquille quand on a une fois ouvert les yeux de Robert Bober, P.O.L. éditeur, Paris, août 2010 ; 288 pages, 17 €. www.pol-editeur.com

 

Publié dans Littérature

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Musardises/Parisianne 19/11/2010 14:19


Bonjour,
Un article qui me donne envie de lire ce livre, c'est toujours un plaisir de passer ici, même si je viens rarement ! Bonne journée
Anne


eliZAbeth 14/11/2010 14:19


Votre billet donne l'envie de se plonger dans ce texte.
Belle rencontre hier, sur France Inter, entre Robert Bober et Pierre Bergounioux. Trop courte demi-heure entre ces deux-là, qui ont du style, même lorsqu'ils parlent !


olivier bailly 11/11/2010 10:15


Bien sûr, Michel. Je voulais juste souligner que parmi les comptes-rendus publiés ici et là, peu ont noté la place que tient un chapitre entier tout de même) de Robert Giraud dans ce livre
magnifique.


Michel Sender 12/11/2010 06:21



Merci encore de votre message. J'espère que Le Monde va bientôt débloquer votre blog...


Bien amicalement, Michel Sender.



olivier bailly 10/11/2010 15:15


Merci d'évoquer Bob Giraud, c'est suffisamment rare pour qu'on le souligne !


Michel Sender 11/11/2010 05:49



Cher Olivier Bailly, c'est Robert Bober qui parle beaucoup de Robert Giraud dans ce livre et de façon très significative, ce qui fait que je le mentionne dans mon modeste compte rendu, mon
incitation à la lecture...


Bien amicalement, Michel Sender.



Alexandre A 05/11/2010 20:20


Un titre qui convoque le paradoxe. Votre article me donne envie de lire ce livre.

Alexandre A


Michel Sender 06/11/2010 06:31



Cher Alexandre A, c'est une impression que j'ai ressentie confusément à la lecture d'un livre parfaitement clair et serein... Bien amicalement, Michel Sender.