"La Princesse de Montpensier" de Mme de Lafayette

Publié le par Michel Sender

La Princesse de Monpensier (édition de 1674)Princesse de Clèves GP

 

 

« Pendant que la guerre civile déchirait la France sous le règne de Charles IX, l’Amour ne laissait pas de trouver sa place parmi tant de désordres et d’en causer beaucoup dans son Empire. La fille unique du marquis de Mézières, héritière très considérable, et par ses grands biens, et par l’illustre maison d’Anjou dont elle était descendue, était promise au duc du Maine, cadet du duc de Guise, que l’on a depuis appelé le Balafré. L’extrême jeunesse de cette grande héritière retardait son mariage ; et cependant le duc de Guise qui la voyait souvent, et qui voyait en elle les commencements d’une grande beauté, en devint amoureux et en fut aimé. Ils cachèrent leur amour avec beaucoup de soin. Le duc de Guise, qui n’avait pas encore autant d’ambition qu’il en a eu depuis, souhaitait ardemment de l’épouser ; mais la crainte du cardinal de Lorraine, qui lui tenait lieu de père, l’empêchait de se déclarer. » [*]

En cette période de vide-greniers et de brocantes, j’ai trouvé une édition illustrée de La Princesse de Clèves que j’ai achetée surtout parce qu’elle comprenait également La Princesse de Montpensier.

La Princesse de Monpensier, publiée anonymement en 1662 [**], est une remarquable nouvelle écrite par Madame de Lafayette bien avant La Princesse de Clèves (qui parut en 1678) mais qui déjà fascine par la beauté classique de son style et par les atermoiements du cœur qu’elle décrypte dans des rebondissements incroyables.

Car, en effet, Mademoiselle de Mézières, qui épouse le prince de Montpensier, toujours amoureuse du duc de Guise, provoque à son tour l’amour du comte de Chabanes, le meilleur ami (dans le langage d’époque, Madame de Lafayette écrit : « Le prince de Montpensier, dans sa plus tendre jeunesse, avait fait une amitié très particulière avec le comte de Chabanes, qui était un homme d’un âge plus avancé que lui et d’un mérite extraordinaire ») de son mari dont elle fait son confident et qu’elle entremet dans sa liaison avec le duc de Guise !

Vous voyez un peu le triangle amoureux et la perversité « naïve » de la princesse de Montpensier qui va conduire à des catastrophes et à la mort également de notre héroïne, « une des plus belles princesses du monde, nous dit encore Madame de Lafayette, et qui aurait été sans doute la plus heureuse, si la vertu et la prudence eussent conduit toutes ses actions »

La Princesse de Montpensier, rarement publiée dans le même volume que La Princesse de Clèves (à l’exception de l’édition de Bernard Pingaud – mais dans une version différente de celles habituellement reprises – en « Folio »-Gallimard en 1972), fait aujourd’hui le bonheur des collections de poche à 2 € (Mille et une nuits, « Petit Mercure », « Libretti » du Livre de Poche, « Folio 2 € »).

C’est un texte magnifique – dont j’apprends que Bertrand Tavernier a réalisé un film qui va être présenté au prochain festival de Cannes : à suivre !

Michel Sender.

[*] Début de La Princesse de Montpensier dans La Princesse de Clèves suivi de La Princesse de Montpensier de Madame de Lafayette, illustrations de Jacques Pecnard, collection « Super », éditions G. P., Paris, 1961. (D’après le texte d’Émile Magne chez Garnier.)

[**] En photo, page de titre de l’édition de 1674. (Monpensier est l’orthographe de l’époque.) L’édition originale de 1662 peut être consultée intégralement sur le site Gallica de la BNF.

 

Publié dans Littérature

Commenter cet article

Anis 02/04/2011 08:24


Ce qui est sur c'est que les femmes étaient aimées comme de beaux objets, et délaissées de la même manière. Et la réputation des hommes souffrait moins que la leur !


Michel Sender 03/04/2011 09:33



Chère Anis, merci de votre message et bravo pour votre blog. Bien amicalement, Michel Sender.



Francesca 10/05/2010 19:28


Je connais l'existence de "La Princesse de Montpensier" mais ne l'ai jamais lu. En effet, j'ai entendu il y a quelques semaines -à une lecture à laquelle il était invité - Bertrand Tavernier
évoquer ce nouveau film.
Sûr qu'il aura réalisé un autre chef-d'oeuvre, on peut lui faire confiance (et à toi aussi, Michel, merci!)