"La Révolte à deux sous" de Bernard Clavel

Publié le par Michel Sender

Bernard Clavel La Révolte à deux sous

De Bernard Clavel, je connais quelques romans emblématiques (L’Ouvrier de la nuit, L’Espagnol, Le Voyage du père, Le Silence des armes).

J’ai évité jusqu’à présent ses grandes suites romanesques (La Grande Patience, Les Colonnes du Ciel ou Le Royaume du Nord) et le dernier livre pour lequel j’ai « craqué » a été Quand j’étais capitaine, en 1990.

Est-ce l’influence d’un article récent d’Hubert Prolongeau dans Le Nouvel Observateur mentionnant le sixième volume de ses Œuvres chez Omnibus et m’apprenant que, victime d’une attaque cérébrale, Bernard Clavel n’écrit plus ? Toujours est-il que j’ai acheté la toute récente réédition de La Révolte à deux sous [*] – un livre qui m’avait jusqu’à présent totalement échappé – chez Pocket.

Sous-titré sur la couverture « La révolte des Canuts », ce roman ne parle pas du tout de la révolte des Canuts de 1831 ou de l’insurrection de 1834 mais, en fait, comme le titre à double sens pourrait le laisser deviner, s’inspire de la « Révolte des deux sous » de 1786 où les canuts (ouvriers et artisans de la soierie lyonnaise), suivis aussi des chapeliers, réclamèrent le tarif de deux sous l’aune de tissu lors d’importantes manifestations qui tournèrent à l’émeute et dont trois des responsables furent pendus.

Dans son roman, Bernard Clavel, même s’il mentionne les Brotteaux, ne parle que de « cité des Soies » pour la ville de Lyon, de « colline du Labeur » pour la Croix-Rousse ; il ne donne également aucune date, ce qui lui permet d’amalgamer ensuite des événements de la Révolution avec l’installation d’une guillotine place de l’Hôtel-de-Ville (le nom de Fidel Charrier attribué à un des agitateurs peut faire penser à Joseph Chalier, guillotiné à Lyon en 1793)…

Plus surprenant encore est le personnage central choisi par Bernard Clavel : Pataro, infirme monstrueux (une espèce de Quasimodo des traboules lyonnaises), mendiant prêt à tout pour survivre, indicateur à ses heures, et qui circule dans tous les quartiers et toutes les couches sociales de la ville… (Son aide apportée aux canuts et aux prisonniers, puis sa mort tragique par les eaux du fleuve en colère, lui composeront comme une rédemption !)

En fait, pour Bernard Clavel – même si sa tendresse va toujours aux classes laborieuses – La Révolte à deux sous est inévitablement vouée à l’échec et mène le plus souvent aux dictatures sanglantes et à la terreur. Seule la nature reprend toujours ses droits !

Michel Sender.

[*] La Révolte à deux sous de Bernard Clavel (première publication : éditions Albin Michel, Paris, 1992), éditions Pocket, Paris, novembre 2009 ; 256 pages, catégorie 6 [6,50 €]. www.pocket.fr

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yvrenu 29/12/2009 19:53


Cher Michel, voila un moment que je ne viens plus te rendre visite, voila qie est réparé et je me réfouie de pouvoir lire de nombreux ouvrages que je ne connais pas.Je te souhaite une excellent fin
d'année .Mes amitiés Yvrenu


Michel Sender 30/12/2009 06:02



Chère Yvette, ce n'est pas grave. L'important est que nous gardons le lien. Merci et bien amicalement, au seuil de 2010, Michel Sender, qui pense bien à toi.