"La Révolte des Canuts" de Jacques Perdu

Publié le par Michel Sender

 

Jacques Perdu La Révolte des CanutsJacques Perdu 2


C’est avec un très grand plaisir que j’ai découvert dans une librairie lyonnaise (La Librairie du Tramway pour ne pas la citer) la toute récente réédition de La Révolte des canuts [*] de Jacques Perdu, un des anciens Cahiers Spartacus des années 1970 qui reprenait déjà une brochure de La Librairie du Travail, Les Insurrections lyonnaises (1831-1834), parue en 1931 à Paris.

Derrière le pseudonyme de Jacques Perdu se trouve Jean-Jacques Soudeille (1899-1951), militant lyonnais du Parti communiste qui rejoignit très tôt l’Opposition communiste proche de Léon Trotsky et de Boris Souvarine et signait également Souzy ou Jean-Jacques ses contributions dans la presse contestataire de l’époque.

On lui doit notamment deux autres livres importants : La Révolution manquée : l’imposture stalinienne et Grèves sociales et luttes sous l’Ancien Régime. Dès 1940, Jean-Jacques Soudeille participa, entre autres avec Élie Péju, au groupe de résistance France Liberté qui devint ensuite Franc-Tireur

En complément des ouvrages sur le même sujet de Fernand Rude (1910-1990) ou de Maurice Moissonnier (1927-2009), eux aussi des historiens engagés marqués par le « Vivre en travaillant ou mourir en combattant » des canuts, La Révolte des canuts de Jacques Perdu reste un guide impeccable sur « les révoltes de Lyon, vaincues, [mais qui] doivent être rappelées et honorées comme les premiers sursauts purement prolétariens de la classe ouvrière française s’éveillant à la conscience révolutionnaire ».

S’appuyant essentiellement sur les publications du dix-neuvième siècle (par exemple, le classique Histoire des insurrections de Lyon en 1831 et 1834, d’après des documents authentiques de Jean-Baptiste Monfalcon publié dès 1834 à Lyon chez Louis Perrin), Jacques Perdu retrace très efficacement la révolte de novembre 1831 (« l’émeute de la faim, la révolte élémentaire ») puis celle d’avril 1834 (« le mouvement de solidarité » au « contenu politique »).

Car, entre 1831 (la défense corporatiste du « tarif ») et 1834 (cinq journées, d’une minorité républicaine, intenses et violentes, réprimées dans le sang avec une sauvagerie aveugle et ignoble), sont intervenus les commencements d’organisation du mouvement ouvrier (le mutuellisme, la Société des Droits de l’homme) où sont dépassées les simples corporations et leurs revendications économiques pour des coalitions ouvertement républicaines (en alliance avec la petite bourgeoisie) et politiques. « Désormais, le prolétariat ira peu à peu vers son destin révolutionnaire, ajoute l’auteur : l’étape républicaine franchie, on le verra se tourner vers le socialisme naissant. »

On retrouve là bien sûr les grands thèmes d’une analyse marxiste et des espoirs libertaires ou syndicalistes révolutionnaires  – et, dans une période de désespérance économique et politique, c’est justement cela qui fait du bien !

Michel Sender.

[*] La Révoltes des canuts (Les insurrections lyonnaises 1831-1834) de Jacques Perdu [premières publications : Librairie du Travail, Paris, 1931 ; Cahiers Spartacus, Paris, 1974], Les Amis de Spartacus, 8, impasse Crozatier, 75012 Paris, janvier 2010 ; 92 pages, 9 € (diffusion Dif’ Pop’).

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Dominique 27/02/2010 16:51


Une réédition comme celle là est bienvenue car en bonne lyonnaise j'ai très peu lu sur la révolte et ce que j'en sais tient dans un mouchoir de poche


Michel Sender 28/02/2010 08:45


Chère Dominique, merci de tous vos messages auxquels je ne peux pas répondre un par un. A bientôt sur votre "A sauts et à gambades". Bien amicalement, Michel Sender. 


calinette55 21/02/2010 22:24


bonsoir ,je passe par ton blog pour te souhaiter une bonne fin de soirée ,ainsi qu'une bonne nuit ,bonne semaine ,bisous


tipanda 21/02/2010 11:03


Nous, pauvres canuts, nous n'irons plus nus...La chanson nous revient automatiquement chaque fois que le nom est prononcé. Un pincement à la mémoire, au fil de ton article, j'ignorais que Maurice
Moissonnier était mort en 2009. C'est triste et, en même temps, une bouffée de souvenirs : un congrès de Ras L'Front à Lyon. Nous étions ensemble.C'était avant que RLF tourne au n'importe quoi,
Moissonnier était avec nous, vivant, ainsi que la jolie Véronique, assassinée par un fou, quelques années après. Comme disent parfois les anciens : "Dire que c'était le bon temps et qu'on ne le
savait pas."
C'était la minute-nostalgie.


Francesca 21/02/2010 10:16


Est-il facile de se procurer ce livre à Paris ? Rue Crozatier directement, peut-ête ?
Parce que si ça doit faire du bien, ce sera bienvenu...car Billancourt(moi) a plutôt tendance à désespérer en ce moment...