La trace de Gérard Philipe

Publié le par Michel Sender



Tipanda l’évoque dans son blog : on commence à nous parler énormément du cinquantième anniversaire de la mort d’Albert Camus qui approche et on mentionne beaucoup moins le souvenir de Gérard Philipe (1922-1959), disparu à l’âge de trente-sept ans le 25 novembre 1959.

Arte lui a consacré une soirée et cela m’a mis la puce à l’oreille tellement la manie des anniversaires est souvent à l’origine des initiatives culturelles.

J’ai trouvé un livre d’Olivier Barrot, paru il y a un an chez Grasset et joliment intitulé L’Ami posthume [*], qui retrace efficacement, en une compilation honnête des témoignages connus, la vie et la carrière de Gérard Philipe.

Notre génération a été bercée à l’école par les poèmes de Jacques Prévert chantés par Yves Montand ou par les disques du Petit Prince et de Pierre et le loup avec la voix de Gérard Philipe. Plus tard, au collège et au lycée, ce furent les romans d’Albert Camus…

Il est amusant aujourd’hui d’apprendre, car nous n’avons pas pu les connaître (sauf par la lecture ou le cinéma : je me souviens par exemple du Till l’Espiègle de Gérard Philipe diffusé par les réseaux de projection de films à l’école), qu’Albert Camus était terriblement jaloux de Gérard Philipe jouant Les Épiphanies d’Henri Pichette avec Maria Casarès : « Tu sais, dans tout Paris on dit que Maria a couché avec ce con de Gérard Philipe », dit-il à Robert Gallimard.

Mais Gérard Philipe, c’est bien sûr le fringant Fanfan la Tulipe avec Gina Lollobrigida, Le Diable au corps avec Micheline Presle, L’Idiot de Dostoïevski, Fabrice del Dongo dans La Chartreuse de Parme et Julien Sorel, avec Danielle Darrieux, dans Le Rouge et le Noir, Les Grandes Manœuvres ou Les Orgueilleux avec Michèle Morgan, La Fièvre monte à El Pao de Luis Buñuel, etc. (J’en oublie.)

Et puis le festival d’Avignon, le TNP, Jean Vilar – par les disques (je ne sais s’il y a des films) et les photographies d’Agnès Varda. Un engagement militant aussi relayé par un compagnonnage avec le Parti communiste (les manifestations, les appels pour la paix, les voyages…) et un investissement personnel dans le syndicalisme professionnel des acteurs.

Gérard Philipe est devenu une icône posthume, éternellement jeune, lisse et tourmentée à la fois, une image de la culture populaire (on se plaît à le revoir manger des livres !) – et Le Temps d’un soupir d’Anne Philipe, sur sa maladie et sa mort, circulait ardemment chez les adolescents de toute une époque !

Souvenirs, souvenirs ?

Michel Sender.

[*] L’Ami posthume : Gérard Philipe, 1922-1959 d’Olivier Barrot, éditions Grasset, Paris, octobre 2008 ; 216 pages, 17,90 €.


Publié dans Littérature

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tipanda 26/11/2009 09:56


J'oubliais, toutes les actions de Gérard Philipe ont prouvé qu'il n'étais pas un con, n'en déplaise à Albert Camus. Comme on dit dans les cours de récré, "c'est celui qui dit qui est !".


tipanda 25/11/2009 10:24


Les grands esprits se rencontrent ...
Sur mon blog, d'une manière assumée, je n'ai voulu parler que de l'acteur en évitant de donner prise aux controverses. Le militant politique est nécessairement moins consensuel mais on ne peut
l'oublier. Fils engagé dans la Résistance d'un père collabo notoire, compagnon de route du PC mais sans indulgence à l'égard de la dictature stalinienne, il a su être engagé sans aveuglement.
Il n'a jamais été populiste, il savait rester populaire : image du TNP qu'il fonda avec Vilar, il croyait que le peuple méritait le meilleur.