"Le Dernier Amour de George Sand" d'Evelyne Bloch-Dano

Publié le par Michel Sender

Amour de George Sand (Le Dernier) Evelyne Bloch-DanoAlexandre Manceau

 

« Homme de l’ombre, Alexandre Manceau joue ainsi auprès de George Sand le rôle de certaines compagnes de créateurs. Le miracle est qu’il n’en soit pas dévirilisé, que ces gestes apparaissent comme des preuves d’amour et non des signes d’infériorité. Il fallait décidément que par ailleurs, il se montrât assez viril pour que Sand, “la plus femme des femmes”, ne l’en aime que davantage. L’écrivain qui a choisi un prénom d’homme et parle souvent d’elle-même au masculin, a trouvé en Alexandre, conquérant modeste, le compagnon idéal, à la fois homme et femme, comme elle. »

 

Dans son nouveau livre, Le Dernier Amour de George Sand [*], Évelyne Bloch-Dano (dont nous connaissons déjà les biographies Madame Zola, Madame Proust et Flora Tristan, la femme-messie ou encore le roman, La Biographe, sur Romy Schneider) se plaît à évoquer George Sand (1804-1876) et un de ses amants, le plus méconnu mais aussi celui qui vécut le plus longtemps (quinze ans) auprès d’elle, le graveur Alexandre Manceau (1817-1865).

 

Alexandre Manceau, ami de son fils Maurice, vint passer quelques jours chez George Sand, à Nohant, pour la Noël 1849, puis s’y installa dès les premiers mois de 1850.

 

« J’ai 46 ans, j’ai des cheveux blancs, cela n’y fait rien, écrit-elle en juillet 1850 à l’éditeur Pierre-Jules Hetzel. On aime les vieilles femmes plus que les jeunes, je le sais bien maintenant. Ce n’est pas la personne qui a à durer, c’est l’amour ; que Dieu fasse durer celui-là, car il est bon ! »

 

Alexandre Manceau, lui, a treize ans de moins qu’elle et George Sand décidera, même si elle se confie assez vite à ses proches, de rester fort discrète sur son nouvel amour : « J’ai retiré de l’expérience cette certitude qu’il ne faut pas se confier, qu’il ne faut pas converser de ses secrets, qu’il faut enfin avoir son secret à soi, et ne pas permettre aux autres de vous en parler », avait-elle écrit à Hetzel dès fin avril 1850.

 

Alexandre Manceau sera souvent présenté comme son secrétaire et son copiste, ils tiendront ensemble des Agendas qui nous sont parvenus mais qui furent rédigés de façon extrêmement neutre tandis que pratiquement toute leur correspondance a disparu : Maurice Sand, brouillé avec son ancien ami vers la fin de sa vie, détruisit sans doute de nombreux documents.

 

Nous suivons donc essentiellement George Sand qui, après la révolution de 1848, va achever son Histoire de ma vie et, en plus de nombreuses pièces de théâtre, continuer une production romanesque d’une grande prolixité (elle devait, par contrat, trois romans par an à La Revue des Deux-Mondes de François Buloz), sachant que tout indique que sa relation avec Alexandre Manceau lui procure indéniablement une grande stabilité intérieure.

 

Et ce, malgré les désaccords fréquents avec sa fille Solange et la mort brutale de sa petite-fille Jeanne, avant encore un conflit important avec son fils qui chassera Alexandre (qu’elle suivra) de Nohant.

 

 Car Alexandre Manceau, qui exerce régulièrement sa propre activité de graveur (il composera par exemple avec Maurice Sand un volumineux ouvrage sur Masques et bouffons), sera celui qui achètera pour elle la chaumière de Gargilesse (à l’origine de Promenades autour d’un village) dans la vallée de la Creuse, un véritable havre de paix, ou qui encore trouvera la maison de Palaiseau où ils vivront entre 1863 et 1865, année de sa mort, atteint par la tuberculose.

 

Paradoxalement, par le fait de sa modestie et de son dévouement silencieux, Alexandre Manceau demeure (effectivement à l’instar des mères ou des compagnes d’écrivains) largement un inconnu qui méritait bien mieux mais qui s’est contenté, semble-t-il, de l’amour de sa Dame – « Il est ma force et ma vie », disait-elle encore de lui !   

 

Michel Sender.

 

[*] Le Dernier Amour de George Sand d’Évelyne Bloch-Dano, éditions Grasset, Paris, septembre 2010 ; 320 pages, 20 €. (Sur www.ebloch-dano.com voir la très intéressante « galerie d’images » du livre.

 

Alfred de Musset et George Sand Correspondance

 

En ce bicentenaire de la naissance d’Alfred de Musset (voir ce blog les 26 et 27 juin 2010), l’on n’échappe pas à des ouvrages sur la liaison orageuse entre lui et George Sand. Je mentionnerai juste la récente parution, dans une édition de Martine Reid, de « Ô mon George, ma belle maîtresse… », recueil de lettres d’Alfred de Musset et George Sand entre juillet 1833 et mars 1835 (collection « Folio 2 € », éditions Gallimard, Paris, septembre 2010 ; 144 pages, catégorie F1).

 

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Musardises/Parisianne 19/11/2010 14:23


Un sacré personnage que cette femme, qui a finalement mis en lumière tant d'hommes, même si certains ont bénéficié de leur propre talent bien entendu !
Amicalement
Anne


dasola 31/10/2010 11:06


Bonjour Michel, je ne me rappelais plus de ce nom mais sinon, oui, quand on a visité Gargilesse (comme moi), la guide parle beaucoup de lui. Bon dimanche.