Le monde de la "fantasy"

Publié le par Michel Sender




« Le terme anglais fantasy recouvre à l’origine, dans le domaine littéraire, à la fois le fantastique et le merveilleux, si bien qu’on a pu le définir un peu sommairement comme “des fictions qui dépassent le cadre de l’expérience humaine ordinaire”. »

Je fais partie d’une génération, à la fin des années soixante-début soixante-dix, qui a connu une grande vogue de la science-fiction (la « SF », comme on disait : il y avait même un club dans mon lycée), du fantastique et de l’anticipation.

Je n’étais pas un fanatique du genre mais j’ai découvert à l’époque H. P. Lovecraft, Ray Bradbury, Theodore Sturgeon, Richard Matheson, Philip K. Dick… plus tard Fritz Leiber ou Dune.

Dans le même temps, puis petit à petit, grâce aux travaux également de Marcel Schneider ou Jean-Baptiste Baronian, je me suis aperçu que la notion de « fantastique » pouvait s’appliquer à de nombreux textes de grands classiques français (Jacques Cazotte, Honoré de Balzac, Gérard de Nerval, Théophile Gautier, Villiers de l’Isle-Adam…), de romantiques allemands ou anglais, d’Andersen, de grands auteurs américains du dix-neuvième siècle (Edgar Poe, Hawthorne ou Henry James), etc.

J’ai compris aussi que mes lectures de Jules Verne ou H. G. Wells pouvaient s’incorporer dans un plus vaste mouvement d’anticipation qui avait indéniablement ses lettres de noblesse…

Mais je ne connaissais pas vraiment J. R. R. Tolkien (j’ai tout juste réussi à lire Bilbo le Hobbit), ni C S. Lewis (Narnia) ou Mervyn Peake, tout en constatant progressivement une avancée vers la notion de Fantasy, devenue prégnante avec les succès d’Harry Potter ou Philip Pullman.

C’est pourquoi, pour essayer de comprendre un peu mieux le phénomène (il faut voir les rayons jeunesse actuels des librairies pour le croire !), j’ai acheté L’Encyclopédie de la Fantasy [*] de Jacques Baudou, grand spécialiste de science-fiction et de littérature policière, qui vient de paraître aux éditions Fetjaine (« Une marque de La Martinière Groupe », nous dit-on).

Et, effectivement, cette Encyclopédie de la Fantasy (un très beau volume relié-cartonné fort bien présenté et illustré mais auquel il manque un indispensable index des auteurs ou des titres cités pour devenir une référence) trace de multiples pistes et tente de nous orienter dans ce genre qui reste encore largement à définir, si tant est que cela soit nécessaire.

Jacques Baudou (il en indique par ailleurs d’illustres « précurseurs » : Lewis Carroll et Alice, James Barrie et Peter Pan, Frank L. Baum et Le Magicien d’Oz, Kenneth Grahame et Le Vent dans les saules) fait remonter essentiellement la fantasy à J. R. R. Tolkien et à son Seigneur des Anneaux, avant de nous diriger ensuite vers l’heroic fantasy de Robert E. Howard et Conan le Barbare, les fantasy épique, urbaine, humoristique, animalière ou exotique, les mavericks dans lesquels il range Tim Burton ou Terry Gilliam, la fantasy allemande avec Michael Ende et son Histoire sans fin, la tradition britannique avec C. S. Lewis, Mary Poppins de P. L. Travers ou L’Apprentie Sorcière de Mary Norton… jusqu’à, on l’a dit, J. K. Rawling ou Philip Pullman, en passant par la légende arthurienne et Les Dames d’Avalon ou Kaamelott !

Jacques Baudou mêle ainsi, on l’a compris, littérature, bandes dessinées, cinéma, télévision ou art pictural (les chapitres « Wargames » et « Jeux vidéo » ont été confiés à Stéphane Beauverger) dans un panorama distractif et plaisant – à offrir indéniablement pour les fêtes (j’entends déjà vos réactions outrées ou compatissantes) !

Michel Sender.

[*] L’Encyclopédie de la Fantasy de Jacques Baudou, avec des illustrations de Krystal Camprubi et la collaboration de Stéphane Beauverger, éditions Fetjaine, Paris, septembre 2009 ; 176 pages, 24,90 €. www.fetjaine.com


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tipanda 13/11/2009 10:06


La "Fantasy" reste, pour beaucoup, l'"Héroïc Fantasy", un genre très pratiqué par les amateurs de jeux de rôles. Je me souviens d'un temps..., des nuits partagées entre parties d'"Héroïc Fantasy"
et "Médiéval Fantasy". Beaucoup de temps perdu ?
Au départ, c'est le jugement que formaient des parents sérieux ; avec la distance amenée par le temps passé, on n'est plus aussi affirmatif. Pour s'équiper des éléments nécessaires à la
construction des parties, les joueurs étaient obligés de se documenter, donc de lire des auteurs. Cultiver la jeunesse prend parfois des chemins inattendus.