"Le Naufrage : 16 juin 1940" d'Eric Roussel

Publié le par Michel Sender



Le Naufrage 16 juin 1940 Eric Roussel Gallimard


J’aime de temps en temps lire des ouvrages historiques et, dans la foulée du 1939 de Richard Overy (voir ce blog le 13 octobre), j’ai été intéressé, dans la collection « Les journées qui ont fait la France » des éditions Gallimard, par Le Naufrage (16 juin 1940) [*] que vient d’y publier Éric Roussel.

Eric Roussel (on connaît ses travaux sur Georges Pompidou, Jean Monnet, Charles de Gaulle ou Pierre Mendès France) a choisi ici le parrainage de L’Étrange Défaite de Marc Bloch pour nous raconter une des pages les plus tristes, les plus honteuses, de l’histoire de France, ce 16 juin 1940 où le président de la République Albert Lebrun a accepté la démission de Paul Reynaud et nommé à sa place Philippe Pétain comme nouveau président du Conseil.

Le plus « drôle », si je puis dire, c’est, qu’en démissionnant, Paul Reynaud pense conduire le maréchal Pétain à l’échec et, profondément opposé à un armistice, revenir en force quelques jours plus tard… Or, bien sûr, il n’en sera rien : le lendemain même, influencé par le général Weygand et par Pierre Laval, Pétain lance son appel à « cesser le combat » et prépare l’armistice avec l’Allemagne…

Dès cet instant, tous les pourparlers (et notamment le projet d’union défendu par Jean Monnet) avec la Grande-Bretagne sont suspendus mais, jouant sur les quelques heures de flottement, le général de Gaulle, simple secrétaire d’État dans le précédent gouvernement, entre-temps a regagné l’Angleterre avec la ferme décision de résister qu’il concrétisera dans son appel du 18 juin 1940 radiodiffusé de Londres.

Et, en France, il s’agit littéralement d’un naufrage : le personnel politique d’une Troisième République à bout de souffle est incapable de réagir, l'idée d’un éventuel repli en Afrique du Nord échouera lamentablement, les quelques personnalités lucides ne pourront rien faire et tout débouchera sur les pleins pouvoirs au maréchal Pétain, la création de l’État français et la collaboration éhontée avec l’Allemagne, force occupante…

Éric Roussel, avec les témoignages, les Mémoires et les documents réunis depuis, s’attache à décrire tout le processus de délitement et d’effondrement qui bascule là encore en quelques jours, comme l’écroulement soudain d’un château de cartes que plus rien ne soutient.

Autre intérêt, d’après lui, la volonté du général de Gaulle de vouloir absolument une nouvelle constitution et notamment l’élection du Président de la République au suffrage universel découlent absolument des leçons qu’il tira de l’impuissance du président de la République d’alors, théoriquement opposé personnellement à la capitulation mais coincé dans les méandres d’un régime condamné.

Michel Sender.

[*] Le Naufrage : 16 juin 1940 d’Éric Roussel, collection « Les journées qui ont fait la France », éditions Gallimard, Paris, octobre 2009 ; 272 pages, 19 €.

Publié dans Littérature

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tipanda 16/12/2009 09:52


Difficile de trouver du neuf à écrire sur un événement abondamment étudié...Mais, qui sait ? Voilà peut-être une trouvaille à découvrir.