Le retour de Dracula

Publié le par Michel Sender




« Chapitre premier

Journal de Jonathan Harker

(sténographié)

Bistritz, le 3 mai. Quitté Munich à 8 h 35 du soir, le 1er mai, avec l’intention d’arriver à Vienne le lendemain de bonne heure. En principe, je devais y être à 6 h 46, mais le train avait une heure de retard. Si j’en crois ce que j’ai entrevu de mon wagon et la petite flânerie que j’ai pu me permettre dans ses rues, Budapest est un endroit merveilleux. J’avais peur de me retrouver trop loin de la gare d’où, en dépit de notre retard, nous devions repartir si possible à l’heure normale. Ma plus profonde impression fut que nous quittions l’Occident pour pénétrer en Orient. Il suffit de franchir le plus occidental des ponts qui enjambent le Danube (particulièrement large et profond, ici) pour se retrouver parmi les traditions turques. » [*]


J’ai racheté le Dracula de Bram Stoker (1847-1912) qui vient de sortir au Livre de Poche. En effet, c’est la première fois que le chef-d’œuvre de Bram Stoker paraît dans cette collection et je voulais pouvoir consulter cette édition à tête reposée…


En fait, ce volume reprend la traduction de Jacques Finné (un grand spécialiste de fantastique, mais aussi traducteur par exemple de nouvelles d’Henry James, dont De Grey dont j’ai parlé ici récemment) parue en 1979 au « Masque Fantastique ».


Chronologiquement (après celle de Lucienne Molitor en 1963 chez Marabout, qui reparaît d’ailleurs ces jours-ci chez cet éditeur sous une nouvelle présentation, semble-t-il), c’est la deuxième traduction française intégrale (la version d’Ève et Lucie Paul-Margueritte de 1920 était très incomplète) du livre – et elle est excellente, même si malheureusement elle n’est accompagnée d’aucun appareil critique !


En réalité, la curiosité de cette édition consiste en ce qu’elle fait la promotion (en en publiant un extrait) d’un nouveau livre annoncé en France chez Michel Lafon pour le 15 octobre 2009 à grands renforts de publicité : Dracula l’Immortel (Dracula : The Un-Dead) de Dacre Stoker (arrière-petit-neveu de Bram Stoker) et Ian Holt, dans une traduction de l’anglais (États-Unis) par Jean-Noël Chatain.


Même si Dracula : The Un-Dead était le premier titre choisi par Bram Stoker et qui figure dans ses notes manuscrites originales, je m’empresse de vous dire que, personnellement, je n’achèterai pas cette « suite officielle »


Mais, apparemment, la sortie de ce livre est mondiale (avec des sites spécifiques en plusieurs langues) et les droits cinématographiques sont déjà vendus...


Cependant, si cette campagne publicitaire fait lire (comme, paraît-il, Twilight fait lire Les Hauts de Hurlevent) le roman de Bram Stoker – finalement, tant mieux !


Michel Sender.


[*] Dracula [Dracula, Constable & Co, Westminster (Londres), 1897] de Bram Stoker, traduction de Jacques Finné (© Librairie des Champs-Élysées, Paris, 1979), Le Livre de Poche, Librairie Générale Française, Paris, septembre 2009 ; 608 pages, 5,50 €. www.livredepoche.com

 

 

 

En illustration, les versions américaine (Dutton Books, Penguin Group USA, New York, 2009) et française du Dracula de Dacre Stoker et Ian Holt.

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Elsa 10/10/2009 18:54


Michel,

Je suis l'éditrice française de "Dracula, l'Immortel" et je suis avant tout férue de littérature gothique et particulièrement de "Dracula" de Bram Stoker. C'est pour cette raison qu'à l'annonce de
cette suite officielle écrite par le descendant direct de B. Stoker et un historien ès vampire, je me suis empressée de dévorer ce livre qui reste très fidèle à l'esprit de l'original tout en
apportant une grande modernité dans la forme. Je vous propose donc de vous l'envoyer pour vous forger une véritable opinion.
Amicalement,
Elsa


Biblio 10/10/2009 12:22


C'est un livre qui j'ai beaucoup aimé et j'ai été très déçu par le film (et pourtant quel casting!).


tipanda 10/10/2009 09:43


Il faut avoir lu le "Dracula" de Bam Stoker très au-dessus des "soupes" qu'il a inspirées, un peu comme le Frankeinstein de Mary Shelley.
Ah si ! Parmi les dérivés, je fais une place à part à un petit bijou cinématographique : "Le bal des vampires" de ... Roman Polanski.