Le retour du Grand Meaulnes

Publié le par Michel Sender




« À ma sœur Isabelle

PREMIÈRE PARTIE

Chapitre premier

Le pensionnaire

Il arriva chez nous un dimanche de novembre 189…

Je continue à dire “chez nous”, bien que la maison ne nous appartienne plus. Nous avons quitté le pays depuis bientôt quinze ans et nous n’y reviendrons certainement jamais.

Nous habitions les bâtiments du Cours Supérieur de Sainte-Agathe. Mon père, que j’appelais M. Seurel, comme les autres élèves, y dirigeait à la fois le Cours Supérieur, où l’on préparait le brevet d’instituteur, et le Cours Moyen. Ma mère faisait la petite classe. »

Ça y est : après des calculs compliqués, Le Grand Meaulnes d’Alain-Fournier (1886-1914) est officiellement dans le domaine public depuis le début de cet automne.

Cela veut dire, même s’il me semble qu’on pouvait déjà le télécharger sur Internet, que le texte peut en être publié sans droits d’auteur et chez tous les éditeurs, sachant que, dorénavant, chacun d’eux va s’attacher à publier des préfaces ou un appareil critique spécifique en complément.

Mais, par exemple, Le Livre de Poche (qui a longtemps, avec son numéro 1000, eu quasiment l’exclusivité de la diffusion de ce roman) en a publié l’an passé, dans « Les Classiques de Poche », une nouvelle édition critique (que j’aime beaucoup – j’en avais parlé dans le défunt Messager des livres) confiée à Sophie Basch et diffuse aujourd’hui une édition « Collège » à 2,50 euros avec le texte seul.

Dans le même temps, la nouvelle maquette des Petits Classiques Larousse lance une version réalisée par Françoise Rullier-Theuret, tandis que, chez Garnier-Flammarion, la présentation en est confiée à Tiphaine Samoyault avec une interview de Pierre Michon, « Pourquoi aimez-vous Le Grand Meaulnes ? ».

Viennent ensuite les éditions Gallimard, avec un volume de la collection « Folio » [*], que j’ai acheté (un peu par hasard parce que, tout bêtement, c’est le seul que j’ai trouvé pour l’instant !) et, parallèlement, une édition « Folioplus classiques », avec un dossier réalisé par Hélène Tronc, un commentaire d’image, etc.

Pour la collection « Folio », les éditions Gallimard ont choisi (sans aucune chronologie ni bibliographie ni notes : rien !) en quelque sorte un service minimum, avec une préface de Pierre Péju (auteur maison qui, pour l’occasion, a repris son métier d’enseignant) et l’utilisation du très riche Fonds Gallimard avec l’ajout du texte, certes fondateur, Alain-Fournier de Jacques Rivière paru en 1922 et 1923 dans La NRF, mais, tel quel, sans aucune explication sur le contexte ni sur l’auteur. (D’ailleurs, pour l’anecdote, les droits des poèmes de Miracles, recueil paru pourtant dès 1924 avec la présentation de Jacques Rivière, appartiennent encore aux éditions Fayard.)

Avec cette édition, très intéressante mais minimale, c’est un peu comme si la Maison Gallimard n’avait toujours pas digéré l’affront fait en 1913 quand Alain-Fournier, qui l’avait donné en feuilleton à La Nouvelle Revue française, a finalement porté Le Grand Meaulnes chez Émile-Paul !

Sous réserve donc de consultation des autres parutions récentes, j’en reste en poche pour l’instant aux éditions de Daniel Leuwers puis de Sophie Basch pour Le Livre de Poche, sachant que, dans le domaine des « classiques » (et, indéniablement, Le Grand Meaulnes en est devenu un !), les choses évoluent continuellement…

Michel Sender.

[*] Le Grand Meaulnes d’Alain Fournier, suivi de Alain-Fournier de Jacques Rivière, préface de Pierre Péju, collection « Folio », éditions Gallimard, Paris, septembre 2009 ; 416 pages, catégorie F4 [3,70 €]. www.folio-lesite.fr

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Parisianne 16/10/2009 09:29


Pour moi aussi un livre que je relis régulièrement et toujours avec le même plaisir.


Biblio 15/10/2009 19:06


Un des rares livres que je relis régulièrement.


tipanda 15/10/2009 10:02


Comme le retour des feuilles mortes et du vin nouveau, le tour du Grand Maulnes ... Et toujours le même verdict : passable.
C'est la différence avec le bon vin qui s'améliore en vieillissant. Ah! si nous pouvions en faire autant.