Les vies d'Alfred de Musset

Publié le par Michel Sender

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« Je ne crois pas, ô Christ ! à ta parole sainte :

Je suis venu trop tard dans un monde trop vieux.

D’un siècle sans espoir naît un siècle sans crainte ;

Les comètes du nôtre ont dépeuplé les cieux. »

Ces vers célèbres du poème Rolla, paru dans la Revue des Deux Mondes du 15 août 1833, symbolisent bien une certaine vision que nous avons d’Alfred de Musset et qui rejaillit souvent cette année à l’occasion du bicentenaire de sa naissance.

Et, pour évoquer 1810, faut-il citer encore le début du chapitre II de La Confession d’un enfant du siècle ? écrit en 1835 :

« Pendant les guerres de l’Empire, tandis que les maris et les frères étaient en Allemagne, les mères inquiètes avaient mis au monde une génération ardente, pâle, nerveuse. Conçus entre deux batailles, élevés dans les collèges aux roulements des tambours, des milliers d’enfants se regardaient entre eux d’un œil sombre, en essayant leurs muscles chétifs. De temps en temps leurs pères ensanglantés apparaissaient, les soulevaient sur leurs poitrines chamarrées d’or, puis les posaient à terre et remontaient à cheval. »

Dans cette première moitié du xixe siècle, Alfred de Musset (1810-1857), qui voudrait nous faire croire au syndrome de la génération perdue, apparaît néanmoins à part du romantisme et, en tout cas, un écrivain (malgré son élection à l’Académie française en 1852) largement incompris à son époque et aujourd’hui encore difficilement « classable ».

Deux ouvrages récents essaient de mieux nous le faire connaître : Alfred de Musset – Les fantaisies d’un enfant du siècle [*] de Sylvain Ledda, universitaire et éditeur de ses œuvres [**], dans la collection « Découvertes »-Gallimard, et l’Alfred de Musset d’Ariane Charton [***] dans la collection « Folio Biographies ».

D’Alfred de Musset, « le poète indocile » comme le définit Sylvain Ledda, même ses contemporains n’ont souvent retenu que celui qui ne considère la lune dans la nuit que « comme un point sur un i », symbole d’une poésie facile et fantaisiste.

Sa prose, d’une grande tenue, n’est pas considérée dans toute sa valeur, soit anecdotique (Mimi Pinson, « profil de grisette »), soit comme roman à clef (La Confession d’un enfant du siècle) sur une liaison ayant défrayé la chronique.

Et, son théâtre, peut-être ce qui est resté le plus « actuel », n’a pratiquement jamais été joué (ou alors dans des versions édulcorées par la censure) de son vivant.

On pourrait presque parler d’un « maudit » tellement, derrière la jeunesse et la fraîcheur initiales, se sont greffées les images du séducteur volage (même si sa relation avec George Sand n’a rien à voir avec cela) et du libertin (son Gamiani n’est toujours pas intégré dans ses œuvres complètes) alcoolique et malade, prématurément vieilli…

De sa vie, nous connaissons surtout les témoignages choisis de son frère, Paul de Musset, en quelque sorte son biographe officiel, mais, néanmoins, avec notamment les correspondances – et Ariane Charton s’en sert avec beaucoup de discernement –, il est possible aujourd’hui de tracer un portrait plus subtil et complexe de cet écrivain de grand talent !

  Michel Sender.

 [*] Alfred de Musset – Les fantaisies d’un enfant du siècle de Sylvain Ledda, collection « Découvertes », éditions Gallimard, Paris, mai 2010 ; 128 pages, catégorie 5 [14 €].

 

 Musset Les deux maîtressesMusset La Confession d'un enfant du siècle

 

[**] Sylvain Ledda a réalisé cette année de nouvelles et excellentes éditions de Les Deux Maîtresses et de La Confession d’un enfant du siècle pour la collection Garnier-Flammarion. (L’intégralité des Contes et Nouvelles y est également annoncée.)

 

[***] Alfred de Musset d’Ariane Charton, collection « Folio Biographies », éditions Gallimard, Paris, février 2010 ; 336 pages, catégorie F8 [7,10 €].

 

Publié dans Littérature

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tipanda 28/06/2010 16:55


De son théâtre si malmené, il reste un chef d'oeuvre qui a bien résisté au temps, c'est "Lorenzaccio" qui séduit encore lorsqu'il est joué par un acteur qui le défend bien.