Marcel Proust, encore et toujours...

Publié le par Michel Sender

Marcel Proust à vingt ansMarcel Proust PUF

 

« “Cheveux, châtains ; sourcils, châtain foncé ; yeux, châtains ; front, bas ; nez, moyen ; bouche, moyenne ; menton, rond ; visage, ovale ; taille, 1 mètre 68.” Ce portrait d’une précision d’artilleur est dressé par un médecin militaire en novembre 1889. C’est celui de Valentin Louis Georges Eugène Marcel Proust, né le 10 juillet 1871 à Auteuil, soldat de deuxième classe au 76e régiment d’infanterie d’Orléans. Il s’est porté volontaire pour un an mais son allure n’en laisse rien paraître et, lorsqu’on lui demandera un jour quel fait d’armes il admire le plus, il répondra malicieusement : “Mon volontariat !” »

C’est donc par l’armée, une partie peu connue de la vie de Marcel Proust, que Jean-Pascal Mahieu fait débuter son Marcel Proust à vingt ans [*] qui inaugure aussi une nouvelle collection d’Au diable vauvert (un Boris Vian à vingt ans et un Gustave Flaubert à vingt ans sont parus également).

En novembre 1889, Marcel Proust vient d’avoir dix-huit ans et d’être reçu bachelier et, pour gagner du temps car il ne sait pas trop quelles études ni quelle profession choisir, il préfère devancer l’appel et se porter volontaire (« Un an au lieu de trois, le volontariat était avantageux »).

Dans cet ouvrage qu’il intitule en sous-titre Le temps de la recherche (en jouant un peu sur l’expression « la recherche » qui est devenue, avec des majuscules, le résumé de son chef-d’œuvre) et qui nous mène jusqu’en 1899 (année où Marcel Proust abandonne Jean Santeuil), Jean-Pascal Mahieu évoque donc ces dix années où Marcel Proust se cherche, sachant bien entendu que toutes les expériences accumulées seront présentes et reversées dans la composition majeure des volumes d’À la recherche du temps perdu.

Mais, durant ces années de jeunesse, où il suivra après le service militaire des études de droit pour faire plaisir à sa famille, puis ensuite une licence de lettres, Marcel Proust commence à fréquenter des salons (dont celui de Mme de Caillavet où il rencontrera Anatole France qui, en 1896, préfacera Les Plaisirs et les Jours), à publier des articles et des nouvelles, et à assumer ses amours avec de jeunes hommes (Reynaldo Hahn ou Lucien Daudet pour les plus connus). De même, la rencontre en 1893 avec Robert de Montesquiou sera très importante puisqu’elle lui ouvrira de nombreuses portes.

Cette période reste aussi celle de l’affaire Dreyfus en faveur de qui Marcel Proust s’engagea très clairement, en assistant à des audiences du procès d’Émile Zola, en recherchant des soutiens, en organisant des réunions…

Après l’abandon de Jean Santeuil, on sait que Marcel Proust, pendant dix autres années, travaillera à des Pastiches et Mélanges, traduira et annotera deux livres de John Ruskin (La Bible d’Amiens et Sésame et les Lys) et ébauchera son Contre Sainte-Beuve

Et c’est à partir de l’année 1909 que Yves-Michel Ergal, dans une autre monographie, Marcel Proust (1871-1922) [**] de la collection « Figures et Plumes » diffusée par les PUF, d’abord par la transformation de l’essai sur Sainte-Beuve en roman puis par le commencement de son écriture et un séjour à Cabourg pendant l’été, fait remonter le déclic de la conception et de la construction de La Recherche.

À partir de là, Marcel Proust envisage déjà une publication (mais « il s’agit d’une pierre à l’état brut, que Proust ne cesse de polir dans les treize années qui lui restent à vivre », précise Yves-Michel Ergal) qui ne prendra forme qu’avec la première parution à compte d’auteur en novembre 1913 chez Grasset de Du côté de chez Swann, puis, après la longue interruption de la guerre, en juin 1919, d’À l’ombre des jeunes filles en fleurs chez Gallimard, etc.

Ainsi, malgré les nombreuses biographies et études diverses consacrées à Marcel Proust, on ne lasse pas d’encore et toujours en lire de nouvelles !

Michel Sender.

[*] Marcel Proust à vingt ans – Le temps de la recherche de Jean-Pascal Mahieu, collection « À vingt ans », éditions Au diable vauvert, 30600 Vauvert, février 2010 ; 168 pages, 12 €. www.audiable.com

[**] Marcel Proust (1871-1922) de Yves-Michel Ergal, collection « Figures et Plumes », éditions SEM, Paris, mars 2010 ; 128 pages, 12 €.

 

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Ava Amara 03/05/2017 14:34

Bonjour,
J’atterris "chez vous" avec quelques années de retard, mais objectivement, Marcel Proust étant un auteur intemporel que nous pouvons découvrir à tout âge, j'imagine que votre sujet est toujours d'actualité ???
J'ai découvert l'univers booktube sur Youtube très récemment. Oui je sais je suis une fille qui a toujours un train de retard. Par la même occasion j'ai créé à mon tour ma chaîne. Ce qu'il y a d'amusant, en rapport avec votre sujet, c'est que mon 1er réflexe a été de démarrer mes vidéos en évoquant Marcel Proust.
Tout naturellement, je ne croule pas sous les hourra, les auditeurs préfèrent d'autres lectures, ainsi va la vie....
Je suis très heureuse malgré tout de constater qu'en 2017 il y encore des lecteurs qui rêvent à la recherche du temps perdu....

Michel Sender 03/05/2017 19:03

Chère amie,
j'ai de la peine à suivre des vidéos ; je préfère les blogs écrits.
Mais vous avez parfaitement raison, votre témoignage rejoint celui de nombreuses lectrices et lecteurs.
Continuons à dire : Lancez-vous ! Plongez dans Proust ! Essayez !
Vous êtes libres.
Bien amicalement,
Michel Sender.
(La moindre photo de Proust - ou le petit film découvert récemment - nous touche...)

Tietie007 02/06/2010 08:19


Il faut que je me décide à attaquer un jour, A la recherche du Temps Perdu ...Mais je vais suivre le conseil d'Omar Sharif ...n'abordez l'oeuvre de Proust qu'après la cinquantaine !


LILIRADAR21 31/05/2010 11:17


Marcel Proust... je vois tant d'enthousiasme dans tant d'articles sur Proust que j'ai très envie de le découvrir (enfin !). Son écriture est-elle aussi fascinante qu'on le dit ?? Bien amicalement.
LiliRadar


tipanda 29/05/2010 09:32


Je compte sur toi.
Bises aux deux et quatre pattes.


tipanda 29/05/2010 00:10


Pourquoi, parmi tous ses prénoms n'a-t'il pas choisi Valentin ou,comment un auteur aussi distingué a-t'il pu choisir délibérément de s'appeler comme un maillot de travailleur manuel ?


Michel Sender 29/05/2010 06:35



Chère Tipanda, chez Portaparole est paru Le marcel de Proust de Jean Clausel, un livre que je n'ai malheureusement pas encore lu ! Tu m'auras un jour, bien amicalement, Michel Sender.