"Mort d'un Chinois à La Havane" de Leonardo Padura

Publié le par Michel Sender

Leonardo Padura Mort d'un Chinois à La Havane


« De retour dans la chambre, une fois sur le lit, il se dit qu’il aimerait dormir et faire le rêve de Chuang Chou, ce Chinois qui dormait en rêvant qu’il était un papillon qui en volant s’emplissait de plaisir. Dans le rêve, l’homme ignorait qu’il était Chuang Chou, mais au réveil il redevenait le vrai Chuang Chou et il ne savait pas s’il était un papillon qui avait rêvé d’être un homme ou s’il s’agissait d’un papillon masochiste qui avait rêvé d’être flic. »


De la lecture, en 1998, d’Électre à La Havane (Máscaras, 1997) de Leonardo Padura Fuentes aux éditions Anne-Marie Métailié, j’avais gardé le souvenir d’un formidable choc – un peu comme, quelques années auparavant, après la sortie du Vieux qui lisait des romans d’amour de Luis Sepúlveda – de découvrir un authentique écrivain d’une profonde richesse d’expression.


Leonardo Padura, qui vit à Cuba, après de nombreuses années de journalisme, a choisi d’écrire des romans policiers et a créé le personnage atypique du lieutenant Mario Conde, un enquêteur hors normes, continuellement dubitatif et cérébral, qui plonge dans toutes les affres de la société cubaine avec une empathie personnelle d’une extrême lucidité…


Électre à La Havane
, nous l’avons su plus tard, comme souvent, n’était que le troisième volet d’un cycle plus vaste, « Les Quatre Saisons », terminé par L’Automne à Cuba (Paisaje de otoño, 1998) et ayant débuté par Passé parfait (Pasado perfecto, 1991) et Vents de Carême (Vientos de Cuaresma, 1994), traduits en français dans le désordre toujours chez Anne-Marie Métailié et disponibles aujourd’hui également dans la collection « Points Policier » du Seuil.


Je n’ai malheureusement pas suivi toutes les enquêtes de Mario Conde ni tous les livres de Leonardo Padura mais, à l’occasion de la réédition en « Points » de Mort d’un Chinois à La Havane [*], j’ai été très content de replonger brièvement dans ce remarquable univers romanesque…


Brièvement, car Mort d’un Chinois à La Havane (originalement La cola de la serpiente, littéralement « La queue du serpent ») est une courte nouvelle à la marge des « Quatre Saisons », écrite entre 1991 et 1998 et parue à Cuba en 2001 dans le même recueil que Adiós Hemingway, mais qui nous parle avec intelligence et acuité (à la base, il y a un véritable reportage journalistique) du quartier chinois de La Havane et de ses membres…


Au départ, Mario Conde enquête sur un meurtre terrifiant (Pedro Cuang a été trouvé nu et pendu à une poutre, l’index de la main gauche tranché et la poitrine bardée de flèches) qui lui permet de pénétrer dans le quartier chinois et d’en deviner petit à petit quelques secrets. « Ici, derrière l’aventure policière qui entraîne Mario Conde, on trouve l’histoire d’un déracinement qui m’a toujours beaucoup ému, explique cependant lui-même l’auteur : celui des Chinois qui sont venus à Cuba, semblables à tant d’autres émigrants économiques. »


Car, bien sûr, une fois de plus, Leonardo Padura se sert d’une intrigue policière pour évoquer la réalité cubaine et nous emmener là où il veut : « Le serpent a une queue et une tête, nous dit un des personnages. Si on prend la tête, on arrive à la queue, et si on prend la queue, on remonte à la tête. Le serpent est là, reste à trouver l’autre extrémité. »


Michel Sender.


[*] Mort d’un Chinois à La Havane (La Cola de la serpiente, 2001) de Leonardo Padura, traduit de l’espagnol (Cuba) par René Solis (première publication : éditions Métailié, Paris, 2001), collection « Points Policier », éditions Points, Paris, novembre 2009 ; 98 pages (+ 30 pages de catalogue), 5,50 €.

 

 Leonardo Padura El hombre que amaba a los perros

 

En septembre dernier, chez Tusquets Editores à Barcelone, Leonardo Padura a publié El hombre que amaba a los perros (L’homme qui aimait les chiens). www.tusquetseditores.com

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Dominique 27/02/2010 17:05


Je partage complétement l'avis de Dasola, si Adios hemmingway est très sympa, les Brumes du passé sont remarquables j'ai chroniqué les deux et je vous conseille de les lire dans cet ordre pour
aller du bon au très bon


dasola 05/02/2010 07:36


Bonjour, Les brumes du passé vaut donc vraiment le coup. Un très grand roman (billet du 07//01/10). C'est plus qu'un roman policier. On sent que L. Padura aime son île. Bonne journée.


dasola 30/12/2009 10:40


Bonjour, je viens d'acheter il y a quelques jours, les brumes du passé de Padura dans lequel Mario Conde n'est plus policier. Cela se passe dans le monde des livres. Que de belles découvertes à
faire en littérature. En tout cas, merci du conseil et bonne fête de fin d'année.


Michel Sender 31/12/2009 06:55



Chère Dasola, j'ai personnellement, en quelque sorte, "redécouvert" Leonardo Padura à l'occasion de Mort d'un Chinois à La Havane (un "petit" livre) mais il est évident qu'aucun de ses
livres (quand on en a lu en, on en est certain) n'est indifférent et surtout qu'il s'agit d'un véritable écrivain qu'il ne faut pas "enfermer" dans la littérature policière (à cet égard, les
couvertures de "Points policier" sont effarantes). Je vais bien sûr acheter Les Brumes du passé dès que possible (on dit beaucoup de bien aussi d'Adios Hemingway). De plus, il
démontre qu'il y a heureusement (et sans aucune servilité envers le régime politique) encore de grands écrivains à Cuba ! Bien amicalement, Michel Sender.



Francesca 25/12/2009 13:14


Tu es un fameux (pas assez fameux, en fait !) prescipteur de lectures et tu me mets l'eau à la bouche avec cet auteur que je ne connais pas du tout !
Pour moi aussi "Le vieux qui lisait des romans d'amour" a été un choc, alors je vais te suivre, juste après avoir terminé "Le Zaroff" de Julien d'Abrigeon (Léo Scheer, coll. Laureli) qui vaut lui
aussi son pesant d'or !
Amitiés