Un poème de Musset

Publié le par Michel Sender

Intégrale Musset

 

CHANSON

 

J’ai dit à mon cœur, à mon faible cœur :

N’est-ce point assez d’aimer sa maîtresse ?

Et ne vois-tu pas que changer sans cesse,

C’est perdre en désirs le temps du bonheur ?

 

Il m’a répondu : Ce n’est point assez,

Ce n’est point assez d’aimer sa maîtresse ;

Et ne vois-tu pas que changer sans cesse

Nous rend doux et chers les plaisirs passés ?

 

J’ai dit à mon cœur, à mon faible cœur :

N’est-ce point assez de tant de tristesse ?

Et ne vois-tu pas que changer sans cesse,

C’est à chaque pas trouver la douleur ?

 

Il m’a répondu : Ce n’est point assez,

Ce n’est point assez de tant de tristesse ;

Et ne vois-tu pas que changer sans cesse

Nous rend doux et chers les chagrins passés ?

 

1831.

 

Alfred de Musset (1810-1857)

(Premières Poésies)

 

Publié dans Littérature

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tipanda 28/06/2010 16:49


Le pauvre Musset avait certainement des raisons de se poser des questions sur les mouvements du coeur. Une liaison avec George Sand est une aventure à vous forger de l'expérience.