Un rêve dans un rêve (Edgar Poe)

Publié le par Michel Sender

Edgar Allan Poe avec signature


UN RÊVE DANS UN RÊVE

Recevez ce baiser sur le front ! Et maintenant que je vous quitte, laissez-moi du moins avouer ceci : – vous n’avez pas tort, vous qui estimez que mes jours ont été un rêve ! Cependant, si l’espoir s’est envolé en une nuit ou en un jour, en une vision ou en un songe, en est-il pour cela moins en allé ? Tout ce que nous voyons ou paraissons n’est qu’un rêve dans un rêve.

Je me trouve au milieu des mugissements d’un rivage tourmenté par la houle, et je tiens dans la main des grains de sable d’or. Combien peu ! Et comme ils glissent à travers mes doigts dans l’abîme, pendant que je pleure, pendant que je pleure ! Mon Dieu ! ne puis-je donc les retenir d’une étreinte plus sûre ? Mon dieu, ne pourrais-je donc en sauver un seul de la vague impitoyable ? Tout ce que nous voyons ou paraissons n’est-il donc qu’un rêve dans un rêve ?

1849.

Edgar Allan Poe

(Dans Edgar-A. Poë : Poèmes complets – Scènes de Politian – Le Principe poétique – Marginalia, traduction inédite de Victor Orban, notice biographique et bibliographique par Alphonse Séché, « Bibliothèque des poètes français et étrangers », Louis-Michaud éditeur, 168, boulevard Saint-Germain, Paris, sans date [1908].)

 

A dream within a dream

 

Take this kiss upon the brow !

And, in parting from you now,

Thus much let me avow —

You are not wrong, who deem

That my days have been a dream ;

Yet if hope has flown away

In a night, or in a day,

In a vision, or in none,

Is it therefore the less gone ?

All that we see or seem

Is but a dream within a dream.

 

I stand amid the roar

Of a surf-tormented shore,

And I hold within my hand

Grains of the golden sand —

How few ! yet how they creep

Through my fingers to the deep,

While I weep — while I weep !

O God ! can I not grasp

Them with a tighter clasp ?

O God ! can I not save

One from the pitiless wave ?

Is all that we see or seem

But a dream within a dream ?

 

Publié dans Littérature

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tipanda 11/03/2010 00:58


Edgar Poe, il y a longtemps que je n'ai rien lu de lui. Dans le fond, ton article me donne envie d'y retourner.
Amitiés.


Michel Sender 13/03/2010 06:26



Merci, chère Tipanda. C'est ce que je souhaite en évoquant les classiques. Essayer de donner envie et, dans ce cas, rappeler aussi le poète avec qui, sans l'avoir connu, Charles Baudelaire a vécu
littéralement en osmose (ils ont tellement de points communs). Un cas unique qui fait que, curieusement, Edgar Poe est presque plus aimé en France qu'aux Etats-Unis et dans le monde anglo-saxon !
D'ailleurs, les traductions de Baudelaire (de "belles infidèles" comme l'a montré Léon Lemonnier en son temps) font partie du patrimoine français... Bien amicalement, Michel Sender.