Une histoire "secrète" du patronat

Publié le par Michel Sender




Connaissant mes engagements politiques et sociaux, mes collègues de travail m’ont offert récemment, pour mon anniversaire, un énorme volume au titre excitant comme une thèse universitaire : Histoire secrète du patronat de 1945 à nos jours (Le vrai visage du capitalisme français) [*] qui vient de paraître aux éditions La Découverte.

Pour faire bon poids (et sans savoir forcément l’allusion à une famille patronale), j’ai également été crédité d’Un roman français de Frédéric Beigbeder, nanti de sa bande, en lettres blanches majuscules sur fond rouge, « Prix Renaudot » ! (Je ne sais pas encore si je vous en parlerai.)

Toujours aux prises avec l’éternelle interrogation hölderlinienne, j’hésitais cependant à me lancer dans une Histoire du patronat français de 1945 à nos jours (un roman m’intéresserait plus !) mais c’était sans tenir compte de l’appellation secrète jointe au mot histoire – ce qui change tout !

En effet, les sept cents pages d’Histoire secrète du patronat de 1945 à nos jours (même s’il s’agit d’un ouvrage collectif) n’ont pas les défauts d’une étude soporifique exhaustive ni, non plus, d’ailleurs, les qualités d’une monographie scientifique.

On reste en fait (dans une construction qui fait penser à la collection « L’État du monde ») entre les deux, dans une réunion chronologique d’articles journalistiques, d’un bon journalisme d’enquête et de documentation.

Il n’y a pas de véritables révélations pour qui connaît un peu l’histoire sociale et suit l’actualité mais un bon ensemble de rappel des évolutions du patronat, de la création du CNPF en 1946 à l’actuel MEDEF, en passant beaucoup par ses personnalités marquantes (André Boutemy, Georges Albertini, Marcel Dassault, Ambroise Roux, etc.) et par les grands thèmes d’investissement – en vérité, de l’école à l’immigration, tout le champ « sociétal » !

De même, la gauche et les syndicats ne sont pas oubliés dans ce panorama peu reluisant des relations économiques et des connivences inévitablement induites d’un soi-disant paritarisme d’appareil, écran des luttes réelles sur le terrain…

Les auteurs, le plus souvent journalistes d’investigation, et, à part Benoît Collombat de France Inter, « indépendants » ou rattachés aux sites Mediapart et Rue89 (un vrai signe des temps !), brossent ainsi un tableau passionnant et sans illusion (bien au-delà des seules caisses noires de l’UIMM ou d’autres) du patronat « moderne » aux recettes vieilles comme le monde de l’exploitation des individus et du pillage des ressources, avec, en plus, le retour à un libéralisme sauvage qui investit les domaines publics et, comme toujours, la politique…

« La légende de patrons conquérants, prenant tous les risques pour faire fortune à la force du poignet, sort sérieusement écornée de ce magistral livre-enquête », nous disent les éditeurs. On le savait, mais il n’est sans doute pas inutile de le redire !

Michel Sender.

[*] Histoire secrète du patronat de 1945 à nos jours (Le vrai visage du capitalisme français), sous la direction de Benoît Collombat et David Servenay avec Frédéric Charpier, Martine Orange et Erwan Seznec, collection « Cahiers libres », éditions La Découverte, Paris, novembre 2009 ; 720 pages, 25 €. Voir des extraits sur le site www.editionsladecouverte.fr

Publié dans Littérature

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Francesca 20/11/2009 11:53


Je ne crois pas que je l'achèterai mais je vais voir si je ne peux pas le lire en bibliothèque...A la retraite depuis six ans (quel bonheur !) je ne me désisntérese pas du tout du problème et je
continue à militer, d'autant que des collègues plus jeunes souffrent énormément en ce moment des méthodes utilisées par les patrons (ici, Assurance)de plus en plus débridés dans la férocité ;
instructions européennes dictées par les mêmes !
Certains se tassent un peu ou beaucoup en vieillissant et changent de camp mais moi, ça ne s'arrange pas, ma colère est sans cesse réactivée !
Merci de ce lien : je lirai, même si moi aussi je préfère un bon roman ou un essai littéraire...
Amitiés
Françoise


tipanda 20/11/2009 10:29


Bon courage !
L'expérience accompagnant les années, il m'est venue une certaine méfiance vis à vis du traitement d'ensemble des catégories sociales. Les patrons ne sont pas tous des salauds et les ouvriers ne
sont pas tous des victimes angéliques.


Michel Sender 20/11/2009 10:48


Chère Tipanda, je suis moi-même bien au-delà du manichéisme, c'est bien pourquoi je parle de ce livre qui n'épargne pas les syndicats "ouvriers"... Et l'histoire du patronat, dans toutes ses
composantes comme on dit, nous apprend beaucoup : "l'arme de la critique et la critique des armes" ! Bien amicalement, Michel Sender.