Une rhapsodie pyrénéenne de Pierre Gamarra

Publié le par Michel Sender




« Les ombres escaladaient les flancs des monts. La nuit venait, pareille à une femme qui aurait tendu ses bras l’un après l’autre vers le haut, empoignant les rocs et les arbres. Chaque main éteint une clarté, un érable d’or, un hêtre d’argent, un sapin couleur de truite. Il restait sur les champs de neige éternelle de longues veines de géranium et de cerise. En dessous, les vallées prenaient leurs voix nocturnes. Cascades et ruisseaux tintaient avec des bruits de verre choqué. Les insectes et les bêtes du soir commençaient leur concert vaste et fin. »

Après avoir publié Le Maître d’école suivi de La Femme de Simon en 2008, puis, en début de cette année, Les Coqs de minuit suivi de Rosalie Brousse, les éditions De Borée viennent de faire paraître un nouveau livre de Pierre Gamarra (1919-2009), L’Empreinte de l’ours [*].

Nulle trace de ce titre dans la bibliographie de Pierre Gamarra – même si en 2006, dans La Victoire de l’ourse aux éditions Loubatières, il avait encore évoqué le destin des ours pyrénéens – car il s’agit en fait de la réédition de Rhapsodie des Pyrénées, un roman paru en 1963 aux Éditeurs Français Réunis.

Partant de ses souvenirs de « maître d’école dans le Luchonnais », Pierre Gamarra a composé comme un chant polyphonique, mélange d’évocations sensitives rendues dans une prose poétique et classique, à la vie dans les montagnes pyrénéennes, lieu de passage et aussi de réclusion sauvage.

Il a choisi comme interprète Modeste Bestéguy, un berger dont, dès le commencement, il dresse la silhouette, « braies de velours et chemise de toile, une veste râpée accrochée à l’épaule ». Un homme rude marqué dans son enfance par la disparition de son père, tué par un ours, et qui, à son tour, pourchasse dans son esprit continuellement la bête.

Au retour de la guerre de Quatorze, il a retrouvé sa maison vide, sa femme étant parti avec un forestier de passage, et depuis il vit, solitaire, en gardant son troupeau. Parfois viennent des habitants des villages de la vallée et, avec les années trente et quarante, des réfugiés espagnols puis des résistants organisant la fuite d’aviateurs anglais vers l’Espagne.

Modeste Bestéguy est l’homme qu’il faut, il devient ainsi « passeur » dans une région qui, petit à petit, entre son obsession personnelle de l’ours et l’occupation de la France, ne pourra pas rester à l’abri des événements…

Pierre Gamarra, à sa description inspirée des montagnes qu’il vénère, a ajouté une vague intrigue romanesque, le souvenir d’une jeune institutrice, pour développer son engagement solidaire et humaniste dans le siècle.

On pense par exemple au Berger des Abeilles d’Armand Lanoux, à toute une littérature populaire de qualité mais, aujourd’hui, un peu désuète...

Michel Sender.

[*] L’Empreinte de l’ours [Rhapsodie des Pyrénées, Éditeurs Français Réunis, Paris, 1963] de Pierre Gamarra, éditions De Borée, Riom, septembre 2009 ; 256 pages, 18 €. www.deboree.com

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Francesca 11/11/2009 10:52


La simple première lecture du début me donne l'envie de lire tout le livre...
Je connais le nom de Pierre Gamarra, mais pas son oeuvre et voilà donc une belle découverte en perspective proche !
Merci Michel!