"Le Comte de Monte-Cristo" d'Alexandre Dumas

Publié le par Michel Sender

"Le Comte de Monte-Cristo" d'Alexandre Dumas
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« Le 24 février 1815, la vigie de Notre-Dame de la Garde signala le trois-mâts le Pharaon, venant de Smyrne, Trieste et Naples.

Comme d'habitude, un pilote côtier partit aussitôt du port, rasa le château d'If, et alla aborder le navire entre le cap de Morgion et l'île de Rion.

Aussitôt, comme d'habitude encore, la plate-forme du fort Saint-Jean s'était couverte de curieux ; car c'est toujours une grande affaire à Marseille que l'arrivée d'un bâtiment, surtout quand ce bâtiment, comme le Pharaon, a été construit, gréé, arrimé sur les chantiers de la vieille Phocée, et appartient à un armateur de la ville.

Cependant ce bâtiment s'avançait ; il avait heureusement franchi le détroit que quelque secousse volcanique a creusé entre l'île de Calasareigne et l'île de Jaros.

Il avait doublé Pomègue, et il s'avançait sous ses trois huniers, son grand foc et sa brigantine, mais si lentement et d'une allure si triste, que les curieux, avec cet instinct qui pressent un malheur, se demandaient quel accident pouvait être arrivé à bord. Néanmoins les experts en navigation reconnaissaient que si un accident était arrivé, ce ne pouvait être au bâtiment lui-même ; car il s'avançait dans toutes les conditions d'un navire parfaitement gouverné : son ancre était en mouillage, ses haubans de beaupré décrochés ; et près du pilote, qui s'apprêtait à diriger le Pharaon par l'étroite entrée du port de Marseille, était un jeune homme au geste rapide et à l'œil actif, qui surveillait chaque mouvement du navire et répétait chaque ordre du pilote. » [*]

 

Depuis quelque temps, je remarque dans les librairies de nouvelles éditions ou des rééditions sous couvertures neuves du Comte de Monte-Cristo d’Alexandre Dumas.

Il y a bien sûr les deux volumes reliés sous coffret de la collection « Litera » des éditions Gallmeister (une belle initiative éditoriale qui semble vouloir mettre en avant des ouvrages de qualité : je n’ai pas pu m’en offrir pour l’instant) mais surtout de nombreuses recustumisations des éditions de poche (souvent en deux tomes, ce que personnellement je n’aime pas beaucoup), comme, précédemment, pour Les Trois Mousquetaires.

Même raison, en fait. J’ai découvert récemment que toutes ces rééditions étaient liées à la sortie prochaine (elle va être présentée hors compétition au festival de Cannes 2024) d’une nouvelle version filmique du Comte de Monte-Cristo, avec Pierre Niney dans le rôle-titre [**].

Ce film va sortir dans les salles fin juin de cette année, juste avant les vacances : réjouissons-nous s’il donne envie de lire ou de relire ce chef-d’œuvre du roman-feuilleton, une histoire universelle d’erreur judiciaire et de trahison, d’emprisonnement terrible et d’évasion spectaculaire, d’île au trésor miraculeuse et de vengeance méthodique… Magnifique.

Une dernière précision. Grâce à un des textes (« État civil du comte de Monte-Cristo ») des Causeries (1857) d’Alexandre Dumas lui-même (qui en imagina le scénario notamment d’après des Mémoires historiques tirés des archives de la police), nous avons la certitude de la collaboration active d’Auguste Maquet à l’écriture du Comte de Monte-Cristo.

En revanche, dans un premier temps, Alexandre Dumas avait démenti toute participation de Pier-Angelo Fiorentino (1811-1864), un autre de ses « collaborateurs », à la composition du roman [***].

 

Michel Sender.

 

[*] Le Comte de Monte-Cristo (1844-1846) d’Alexandre Dumas [et Auguste Maquet], texte intégral, Agence Parisienne de Distribution, 8, rue du Croissant, Paris (2e), juillet 1953 ; 724 pages, 1000 Frs.

"Le Comte de Monte-Cristo" d'Alexandre Dumas

[**] J’ai également consulté l’édition France Loisirs de 1988 du Comte de Monte-Cristo (la reprise du volume de la collection « Omnibus » présenté par Claude Aziza) avec Gérard Depardieu en couverture (Sic transit gloria mundi).

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"Le Comte de Monte-Cristo" d'Alexandre Dumas

[***] Extrait des Causeries d’Alexandre Dumas (édition de 1857, tome 1, pp. 119-120, BnF Gallica) ; début d’« État civil du comte de Monte-Cristo » non cité par Claude Aziza :

« Puisque nous causons, chers lecteurs, je puis bien vous dire ici quelques mots pro domo meâ.

Oh ! il s'agit de fort peu de chose, d'une simple calomnie qui se débite à mon endroit depuis quelque vingt-cinq ans.

Vous voyez qu'il y aura bientôt prescription.

Mais où prendrais-je le temps de répondre à mes détracteurs, quand je trouve à peine le temps de répondre à mes amis !

On s'est toujours fort inquiété de savoir comment s'étaient faits mes livres, et surtout qui les avait faits.

Il était si simple de croire que c'était moi, que l'on n'en a pas eu l'idée.

Et, naturellement, ce sont ceux de mes ouvrages qui ont obtenu le plus de succès, dont on me conteste le plus obstinément la paternité.

Ainsi, pour ne parler aujourd'hui que d'un seul, en Italie, on croit généralement que c'est Fiorentino qui a fait le Comte de Monte-Cristo.

Pourquoi ne croit-on pas que c'est moi qui ai fait la Divine Comédie ? J'y ai exactement autant de droits.

Fiorentino a lu Monte-Cristo comme tout le monde, mais il ne l'a pas lu même avant tout le monde, — si toutefois il l'a lu.

Les Italiens auront donc beau réclamer Monte-Cristo, il faudra qu'ils se contentent de l'Assedio di Firenza, de M. Azelio, et dei Promessi Sposi, de Manzoni.

Disons la façon dont se fit le Comte de Monte-Cristo, que l'on réimprime justement à cette heure… »

Publié dans Littérature

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Ah, dommage, ce billet est publié six semaines trop tôt... La deuxième édition du challenge "Les épais de l'été" ne débutera que le 21 juin 2024! <br /> Nonobstant, vous pouvez toujours inscrire ce billet au challenge "2024 sera classique aussi" organisé par Nathalie... <br /> (s) ta d loi du cine, "squatter" chez dasola
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