"La Piste des raquettes" d'Edison Marshall
« Ce n’était pas la première fois que des habitués de la forêt s’arrêtaient à la tombée de la nuit sur la colline dominant Bradleyburg. Les créatures sauvages semblaient toujours intriguées et déroutées en discernant la rue obscurcie, le clocher branlant et spectral dans le demi-jour, la pâle et vague lueur de quelques fenêtres éclairées. Aux époques du rut, l'élan mâle ne manquait pas de s’immobiliser là un instant, après avoir poussé son appel, l’oreille tendue à la réponse que pourrait lui fournir cette cité crépusculaire, prêt à reprendre sa course à travers les bois de sapin ; parfois la horde des loups y faisait une courte halte, n’étant pas gent à d’attarder au voisinage des hommes. » [*]
Du fait du nom de Louis Postif comme traducteur français, j’ai eu envie de découvrir La Piste des raquettes d’Edison Marshall, un roman sur le Wild canadien dans la lignée de Jack London ou de James Oliver Curwood.
Et effectivement, un des premiers livres d’Edison Marshall, La Piste des raquettes reste très intéressant en ce qu’il raconte la vie d’un guide américain, Bill Bronson, qui réside et qui chasse dans le district de la Clearwater en Colombie-Britannique.
En réalité il recherche dans le secteur une mine aurifère où son père a disparu vingt-cinq ans auparavant (vers 1894) et ainsi répond favorablement à la demande d’une jeune fille, Virginia Tremont, de son côté à la recherche de son fiancé, Harold Lansbury, « disparu dans ces parages » six ans plus tôt, et qui lui demande de superviser pour elle une expédition.
Toute la première moitié du récit demeure passionnante par la description des conditions de déplacement et de survie dans les monts Selkirk et les Rocheuses canadiennes, autour des rivières Grizzly et Yuga : progression difficile dans le froid et la neige, traversée dangereuse d’une rivière en crue, hibernation dans de petites cabanes isolées, nécessité de chasser pour se nourrir, etc.
Mais, bien sûr, intrigue ensuite plus classique, Virginia Tremont va retrouver son fiancé (un type pas recommandable du tout !) et Bill Bronson le corps de son père et la mine gérée par lui tout en tombant amoureux de Virginia, devenu accessible et répondant favorablement à ses avances…
Plus proche de James Oliver Curwood que de Jack London, Edison Marshall, avec La Piste des raquettes, ainsi qu’avec certaines nouvelles animalières traduites également par Louis Postif (De la Jungle au Grand Nord, chez Nelson, en 1937), décrit avec brio et attachement la vie sauvage, ce qui retient grandement notre attention.
Michel Sender.
[*] La Piste des raquettes (The Snowshoe Trail, 1921) d’Edison Marshall, traduction de Louis Postif, La Nouvelle Société d’Édition, Paris, décembre 1930 ; 256 pages, 12 fr.
En revanche, j’ai été déçu par Le Sorcier blanc dans la Bibliothèque Verte (Hachette, 1954) qui est en fait la reprise (peut-être abrégée) de la traduction par Louis Postif de The Doctor of Lonesome River (1930) initialement publiée en 1938 chez Hachette sous le titre de L’Usurpateur. Le roman se passe en Alaska où un médecin américain vieillissant va être remplacé par un chirurgien de Seattle ayant, dans un premier temps, usurpé l’identité de son fils… puis étant tombé amoureux de sa fille !
Par la suite, Edison Marshall (1894-1967) publia surtout des romans historiques qui donnèrent parfois des films (Les Vikings de Richard Fleischer). Personnellement je connais, aux Presses de la Cité, Fils de colère (Benjamin Blake, 1941), Vents et Marées (Yankee Pasha, 1947) et Lieutenant du Bengale (Gypsy Sixpence, 1949).
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