"Voyage au centre de la Terre" de Jules Verne

Publié le par Michel Sender

"Voyage au centre de la Terre" de Jules Verne
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« Le 24 mai 1863, un dimanche, mon oncle, le professeur Lidenbrock, revint précipitamment vers sa petite maison située au numéro 19 de König-strasse, l’une des plus anciennes rues du vieux quartier de Hambourg.

La bonne Marthe dut se croire fort en retard, car le dîner commençait à peine à chanter sur le fourneau de la cuisine.

« Bon, me dis-je, s’il a faim, mon oncle, qui est le plus impatient des hommes, va pousser des cris de détresse.

— Déjà M. Lidenbrock ! s’écria la bonne Marthe stupéfaite, en entre-bâillant la porte de la salle à manger.

— Oui, Marthe ; mais le dîner a le droit de ne point être cuit, car il n’est pas deux heures. La demie vient à peine de sonner à Saint-Michel.

— Alors pourquoi M. Lidenbrock rentre-t-il ?

— Il nous le dira vraisemblablement.

—Le voilà ! je me sauve. Monsieur Axel, vous lui ferez entendre raison. »

Et la bonne Marthe regagna son laboratoire culinaire. » [*]

 

L’on dit que Laura, voyage dans le cristal de George Sand [**], qui parut dans la Revue des Deux Mondes des 1er et 15 janvier 1864, influença fortement le Voyage au centre de la Terre de Jules Verne, publié en novembre 1864, un de ses premiers romans après Cinq Semaines en Ballon (1863) et les Voyages et Aventures du capitaine Hatteras (Les Anglais au Pôle Nord et Le Désert de glace, 1864-1865).

L’on sait également que Jules Verne restait très admirateur d’Edgar Allan Poe (il lui consacra une vibrante étude dans le Musée des familles d’avril 1864) et c’est pourquoi son œuvre (longtemps cantonnée à la littérature jeunesse) nous fascine tant.

D’avoir trouvé un dvd de l’adaptation cinématographique de Voyage au centre de la Terre en 1959 par Henry Levin aux États-Unis (un film très peu intéressant qui ajoute des personnages et en modifie les éléments de base sans aucune pertinence) m’a donné envie de retourner à l’original et d’y retrouver encore et toujours l’invention de Jules Verne.

Car, en fait, la simplicité de ses intrigues (il s’agit généralement de voyages : les Voyages extraordinaires) lui permet ensuite de dérouler des explications scientifiques et de partir sur des considérations géographiques, voire encyclopédiques.

Ainsi du Voyage au centre de la Terre qui ne comprend que trois protagonistes : un professeur plutôt extravagant, M. Lindenbrock ; un jeune assistant, son neveu Axel, par ailleurs amoureux de sa filleule Graüben et qui est le narrateur de l’aventure ; et Hans, un Islandais sportif et débrouillard qui les accompagne.

Le prétexte d’ouverture consiste en un morceau de parchemin qui glisse d’un livre et qui révèle un cryptogramme mystérieux et apparemment incompréhensible : des caractères runiques. (Personnellement, enfant, je me souviens les avoir recopiés avec envie !)

"Voyage au centre de la Terre" de Jules Verne

Le document déchiffré,

« Descends dans le cratère du Yocul de

Sneffels que l’ombre du Scartaris vient

caresser avant les calendes de Juillet,

voyageur audacieux, et tu parviendras

au centre de la Terre. Ce que j’ai fait »,

émanant d’un certain Arne Saknussemm, « un nom islandais », « celui d’un savant du seizième siècle, d’un alchimiste célèbre », voilà l’expédition du professeur Lindenbrock et de son neveu mise en branle, de Hambourg en Islande, en passant par Reykjawik (j’adore les anciennes orthographes), et jusqu’au centre de la Terre…

En ce qui me concerne, je n’en comprends guère les justifications théoriques, mais peu m’importe. Je n’en retiens que la folie (« il faut prendre des leçons d’abîme ! » s’exclame par exemple Lindenbrock) couplée à une espèce de philosophie stoïcienne : la citation latine (Et quacumque viam dederit fortuna sequamur — « Et suivons le chemin que la fortune nous donne ») qu’Axel commente d’une façon touchante : « ce vers que Virgile semblait avoir fait pour nous, voyageurs incertains de la route ».

Et puis, il y a la poésie inhérente aux Voyages extraordinaires (des animaux préhistoriques et jusqu’à un océan dans les tréfonds du Globe, sans parler des conditions improbables de leur retour !), mélange de sérieux et de fantaisie, tout le talent de Jules Verne.

 

Michel Sender.

 

[*] Voyage au centre de la Terre (1864) de Jules Verne, illustrations de Georges Dutriac, Librairie Hachette, Paris, 1930 ; 256 pages, réimpression de 1944 (volume cartonné relié sous jaquette — mon exemplaire n’a pas de jaquette).

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"Voyage au centre de la Terre" de Jules Verne

Paru directement — sans prépublication en feuilleton dans le Magasin d’éducation et de récréation — en édition courante chez Hetzel en 1864, Voyage au centre de la Terre fut ensuite révisé pour l’édition illustrée (par Riou) de 1867 comportant quarante-cinq chapitres (deux de plus) et qui devint l’édition définitive du roman.

"Voyage au centre de la Terre" de Jules Verne

[**] Laura, voyage dans le cristal de George Sand, collection « Petite Bibliothèque Ombres », éditions Ombres, Toulouse, avril 1993 ; 160 pages, 59 F.

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T
Ah bah si vous avez d'autres envie de Jules Verne cette année, n'oubliez pas d'inscrire les billets pour le "challenge 120 ans Jules Verne (1828-1905)", officiellement en cours depuis le 24 mars 2025 jusqu'au 31 décembre... (j'ai déjà eu écho d'une blogueuse qui veut le faire sur 12 mois!). Et si vous insistez un beu, bah je pourrais prendre en compte le présent billet même s'il a anticipé un challenge pas encore annoncé ;-)<br /> (s) ta d loi du cine, "squatter" chez dasola
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M
Merci de votre message. Mon billet, comme je le dis, n'avait aucun lien avec un challenge ou un anniversaire auquel je n'avais pas pensé. Bien amicalement, Michel Sender.