"Histoire d'une baleine blanche" de Luis Sepúlveda

Publié le par Michel Sender

"Histoire d'une baleine blanche" de Luis Sepúlveda
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« Le vieux langage de la mer

 

Un matin de l’été austral de 2014, tout près de Puerto Montt au Chili, on a trouvé une baleine échouée sur la côte de galets. C’était un cachalot de quinze mètres de long et son corps d’un gris étrange ne bougeait pas.

Des pêcheurs dirent que c’était peut-être un cétacé égaré, d’autres qu’il avait probablement été intoxiqué par toutes les ordures qu’on jette dans la mer, et un grand silence de chagrin fut l’hommage que lui rendirent tous ceux qui entouraient le grand animal sous le ciel gris du sud du monde.

Le cachalot resta quelque deux heures à peine bercé par les faibles vagues de la marée basse, jusqu’à ce qu’une embarcation s’approche, jette l’ancre tout près, et des hommes armés de gros câbles se mirent à l’eau et les nouèrent aux nageoires caudales, à la queue de l’animal et ensuite, très lentement, l’embarcation mit cap au sud en traînant le corps sans vie du géant marin. » [*]

 

Luis Sepúlveda nous a quittés en avril 2020 (voir ce blog le 18 avril 2020). Il ne cesse de nous manquer mais ses livres, heureusement, sont toujours là.

En 1996, il nous avait fortement séduits en publiant Histoire d’une mouette et du chat qui lui apprit à voler [**], un livre dont l’édition espagnole [***] précisait qu’il s’agissait d’ « un roman pour les jeunes de 8 à 88 ans » et qui, illustré par Miles Hyman, s’adressait à tous les publics. Je crois savoir qu’il continue d’ailleurs (c'est mérité) d’avoir beaucoup de succès…

Je ne connais pas bien (sauf Histoire du chat et de la souris qui devinrent amis que j’ai offert à ma fille) ses autres ouvrages pour la jeunesse et c’est pourquoi j’ai sauté sur la réédition récente en poche d’Histoire d’une baleine blanche dont j’avais raté la première édition.

En fait, j’ai immédiatement pensé au Monde du bout du monde (son deuxième roman, écrit en 1989) qui parlait beaucoup de Moby Dick (référence explicite du début à la fin du livre) et dont d’ailleurs une édition illustrée Métailié/Le Seuil parut en France en 1999 [****].

Mais, en réalité, Histoire d’une baleine blanche, plutôt une longue nouvelle qu’un court roman, parle de Mocha Dick, un cachalot mâle qui, au début du XIXe siècle, avait été remarqué près de l’île Mocha au Chili et dont on dit qu’il inspira le Moby Dick d’Herman Melville.

C’est en tout cas l’occasion pour Luis Sepúlveda de mêler l’amour de la littérature au plaisir de raconter, et, bien sûr en adoptant son langage et sa manière de voir, de lui donner la parole et de lui permettre de nous dire les événements de son existence et ses combats avec les hommes pour la défense de ses congénères…

On retrouve là, une fois de plus, tout l’humanisme de Luis Sepúlveda et son engagement très sincère et fondamental pour l’écologie.

 

Michel Sender.

 

[*] Histoire d’une baleine blanche (Historia de una ballena blanca, 2019) de Luis Sepúlveda, dessins de Joëlle Jolivet, traduit de l’espagnol (Chili) par Anne Marie Métailié [éditions Métailié, 2019], collection « Suites », éditions Métailié, Paris, novembre 2025 ; 128 pages, 9 €.

Couverture normale du livre

Couverture normale du livre

[**] Histoire d’une mouette et du chat qui lui apprit à voler de Luis Sepúlveda, illustrations de Miles Hyman, traduit de l’espagnol (Chili) par A. M. Métailié, éditions Métailié et éditions du Seuil, Paris, septembre 1996 ; 144 pages, 85 F. (Mon exemplaire, imprimé en août 1996, a la particularité de comporter, uniquement en couverture et de manière fautive, l’article défini laHistoire de la mouette… —, au lieu de l’indéfini une, dans le titre original. À l’intérieur, curieusement, le titre espagnol mentionné est : Historia de una gaviota y del gato que le aprendió a volar.)

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"Histoire d'une baleine blanche" de Luis Sepúlveda

[***] Luis Sepúlveda, Historia de una gaviota y del gato que le enseñó a volar, ilustraciones de Miles Hyman, colección « Andanzas », Tusquets editores, Barcelona, 1.a edición: octubre 1996, 2.a edición: noviembre 1996 ; 144 pages.

"Histoire d'une baleine blanche" de Luis Sepúlveda

[****] Le Monde du bout du monde (El Mundo del fin del mundo, 1989) de Luis Sepúlveda, traduit de l’espagnol (Chili) par François Maspero [éditions Métailié, 1993], illustré par Lorenzo Mattotti, éditions Métailié et éditions du Seuil, Paris, mars 1999 ; 136 pages, 85 F. (Les éditions espagnoles s'intitulent Mundo del fin del mundo, sans article.)

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Publié dans Littérature

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T
Contrairement à "Histoire d'une mouette et du chat...", je n'ai pas trouvé que c'était spécialement un livre pour enfants. Mais, mais dans une tonalité différente de celle que j'attendais, j'avais trouvé ce livre intéressant.<br /> (s) ta d loi du cine, "squatter" chez dasola
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M
Bien sûr, à cause de Mocha Dick. J'aime beaucoup "Le Monde du bout du monde" et pense toujours à Luis Sepulveda... Bien amicalement, Michel Sender.